Faute d’audience et de crédits, les radio-télévisions publiques israéliennes fermeront la porte de leurs studios avant la fin de l’année. A moins d’un miracle…
« Ici, Kol Israël, émettant depuis Jérusalem ». Avant la fin de l’année, cette phrase mythique annonçant le début des bulletins d’information sur les radios publiques de l’Etat hébreu ne sera plus qu’un souvenir. Car la Régie israélienne de diffusion (IBA), qui équivaut grosso modo à la RTBF et à l’ex-ORTF française, est en état de mort clinique. Son déficit est abyssal et ses programmes sont de moins en moins suivis. A l’exception de celle de « Reshet Beth » (la station dédiée à l’information permanente), l’audience de « Reshet Aleph », de «Reshet Guimel » (musique israélienne contemporaine), de Reka » (russophone), ainsi que des programmes en arabe et de musique classique sont en chute libre depuis la fin des années 90.
Même phénomène avec les chaînes de télévision puisque le journal télévisé de la Une, qui est pourtant son programme emblématique, dépasse rarement les 8% d’audience alors que son concurrent d’« Aroutz 2 » (la deuxième chaîne privée) frôle allègrement les 50% de parts de marché. Quant à « Popolitika », un programme hebdomadaire de débats sur les questions d’actualité qui scotchait les téléspectateurs à leur écran durant les années 90, sa courbe d’audience ressemble à un encéphalogramme plat. Si l’émission poursuit son cours, c’est parce qu’il n’y a rien d’autre pour la remplacer.
Pourtant, les radios et les télés publiques israéliennes ne manquent pas d’éléments talentueux et motivés. Des journalistes, des présentateurs et des techniciens qui acceptent d’être beaucoup moins payés que leurs concurrents du privé. Mais l’IBA est également une administration avec ses lourdeurs, ses pistonnés et ses éléments mis au placard pour d’obscures raisons politiques. Son personnel (1.600 employés) est en surnombre et il vieillit avec ses auditeurs. Ceux qui partent à la retraite ne sont d’ailleurs plus remplacés.
Ajoutons à ce constat le fait que matériel des radiotélévisions publiques n’est plus de première jeunesse, que les bâtiments se dégradent faute d’entretien, et que de nombreux Israéliens « oublient » de payer leur redevance annuelle.
700 employés licenciés
En juin 2013, le ministre des finances Yaïr Lapid (Yesh Atid) et son collègue des Communications Gilad Erdan (Likoud) ont conclu un accord prévoyant la fermeture pure et simple de l’institution, suivie par la création d’une nouvelle radio-télévision publique. « Une structure plus dynamique et plus moderne, en accord avec son temps », promettait Erdan.
Dans ce cadre a donc été élaboré un plan de 110 millions d’euros prévoyant le licenciement sec de 700 employés, l’achat de matériel électronique moderne, le transfert du siège de la « nouvelle IBA » dans le centre du pays et la vente de ses nombreuses propriétés immobilières.
Ce plan bénéficie d’un soutien d’autant plus ferme de Benjamin Netanyahou que lui et les principaux leaders de la droite ne cachent pas leur préférence pour le secteur privé, plus « malléable ». En outre, ils considèrent les journalistes de « Kol Israël » et de la Une comme des « gauchistes ». Des trouble-fête trop incisifs, trop curieux, et à la langue trop bien pendue.
Dans le courant de l’été 2013, le personnel de l’IBA a notamment manifesté devant le domicile de Lapid et d’Erdan, mais leur action n’a remporté aucun écho. Depuis le début février, les journalistes des chaînes radio ont entamé une grève perlée en ne présentant plus qu’une partie des émissions et de débat, qui sont remplacées par de la musique ininterrompue. Cette protestation n’a pas empêché la commission spéciale créée par Erdan en septembre 2013 de terminer la rédaction de son rapport au début de la semaine et sa conclusion principale ne laisse place à aucune équivoque : l’IBA doit fermer ses portes avant la fin de l’année.
Lorsque cette régie rouvrira dans de nouveaux locaux, les programmes de la Une auront été fortement réduits, la « 33 » (la chaîne télévisée éducative) aura disparu des écrans, et plusieurs stations de radio dont celle diffusant de la musique classique, auront définitivement cessé d’émettre.