Tempête dans un verre de Kiddoush

La campagne web et d’affichage de l’organisation « Shishi Yisraeli » (Vendredi israélien) qui érige en modèle la famille israélienne récitant le Kiddoush autour d’une table de fête le vendredi soir, a soulevé un tollé. Plusieurs initiatives similaires, visant à renforcer  les valeurs juives au sein du public laïque, ont également vu le jour.

 

Une campagne média qui vante les vertus de la tradition juive et le bénéfice familial du diner du Shabbat suscite la polémique depuis quelques jours en Israël. Il s’agit d’un spot montrant, d’un côté, une famille israélienne laïque dont les enfants sont scotchés devant leurs écrans de smartphones le vendredi soir, après avoir avalé un bol de céréales; et de l’autre, une famille pratiquante de blanc vêtue, en train de réciter la bénédiction rituelle sur le vin accompagnant le dîner du même soir. Une voix off souligne : « quelle sorte de vendredi soir voulez-vous transmettre à vos enfants » ?

Cette présentation quelque peu caricaturale de la société israélienne, initiée par l’organisation « Shishi Yisraeli » (Vendredi israélien), a provoqué un tollé. Dotée d’un budget de 1,5 million de dollars et relayée par des affiches dans les rues de Tel-Aviv, la campagne a suscité la colère des laïques comme des religieux. Le rabbin (moderne orthodoxe) et directeur de l’Institut pluraliste Shalom Hartman (à Jérusalem) a ainsi jugé ce spot publicitaire « anachronique ».

« Cette campagne est stupide, car elle ne tient pas compte du fait que de nombreux Israéliens tendent à respecter les traditions », a déclaré son président, Donniel Hartman. « Depuis quinze ans, le pays est devenu plus diversifié sur le plan du judaïsme : les Israéliens ne veulent pas adopter un mode de vie orthodoxe, mais ils sont néanmoins très concernés par le Shabbat et par les fêtes ». La responsable du mouvement Tmura Israel pour un judaïsme humaniste séculier, et par ailleurs femme rabbin, Sivan Mas, a estimé pour sa part que le spot renforçait l’opinion reçue du public pratiquant, selon laquelle le public laïque est dépourvu de valeurs ou de croyances.

D’autres détracteurs dénoncent l’agenda caché de l’organisation « Shishi Yisraeli », financée par trois hommes d’affaires israéliens laïques et religieux : Haim Taib, Yoav Ben Yakar et Itamar Deutcher, avec le soutien du célèbre rabbin du quartier ultra-orthodoxe de Bnei Brak (près de Tel-Aviv), Haïm David Kovalsky, qui enseigne la « Gemara » à de nombreux businessmen.

« C’est une honte que des hommes d’affaires respectables s’associent à ce message qui dénigre la famille israélienne laïque typique, en brossant ce tableau manichéen d’un Shabbat vide de sens », a confié pour sa part la parlementaire du parti Yesh Atid, Ruth Calderon. A en croire Miki Gitzin, de l’organisation « Be Free Israel », cette campagne suggère qu’il faut adopter « un moule conservateur », « au lieu de mettre en valeur la diversité de la société israélienne ».

A la recherche de sens

Reste que cette initiative pour renforcer les valeurs juives n’a rien d’isolé. Témoin, le lancement le 21 décembre dernier du projet « 929 » par le Ministère israélien de l’Education, qui, à travers une vaste campagne d’affichage, encourage le public israélien à lire une page de la Bible par jour. « Nous sommes tous à la recherche de sens », ont fait valoir les promoteurs de l’initiative soutenue par le rabbin Benny Lau.

Autre signe fort : la création récente du Conseil pour le respect du Shabbat. Réunissant des religieux et des laïques, dont de nombreuses célébrités, cette association a été initiée par le vice-ministre des Cultes d’Israël, Eli Ben Dahan (du parti Foyer Juif) et par Avi Katz, le créateur de la chaine de magasins d’alimentation à bas prix Cofix. A l’occasion d’une première rencontre organisée voilà peu à Ramat Gan, l’événement a réuni un public varié et des personnalités de tous bords. A commencer par la fille du Rav Ovadia Yossef, Adina Bar Shalom (engagée au sein du parti Shass); ou, plus étonnant, le parlementaire du parti de la gauche radicale Hadash, Dov Hanin, lequel estime que le Shabbat « ne doit pas être un jour de shopping intensif, mais un jour de repos ». Il est vrai qu’Israël est aussi entré ces mois-ci en campagne électorale.

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