Il y a quelques semaines, Thomas Gunzig recevait aux côtés de Jaco Van Dormael le Magritte 2016 du meilleur film, meilleur scénario, meilleur réalisateur et meilleure musique pour Le tout nouveau testament. Une belle reconnaissance pour celui qui garde néanmoins les pieds sur terre. L’écrivain à l’humour acerbe et chroniqueur à succès du « Café serré » sur La Première revient avec nous sur son parcours.
« La reconnaissance d’un milieu dont je ne faisais a priori pas partie, ça ne change pas ta vie », estime Thomas Gunzig, à peine récompensé de son Magritte, « mais après tellement d’années de travail, ça fait du bien. Je prends ça comme un gros encouragement ».
L’auteur belge était jusqu’à présent plus connu, c’est vrai, pour ses romans et ses pièces de théâtre que pour ses films. S’il a publié assez tôt son premier recueil de nouvelles (Situation instable penchant vers le mois d’août), à l’âge de 22 ans, Thomas Gunzig n’a pas eu pour autant un parcours facile. Scolarisé avec sa sœur ainée dans une petite école de Boitsfort, le jeune garçon sera rapidement décrété « dyslexique » par un Centre PMS et orienté vers un enseignement primaire spécialisé. Contre l’avis de plusieurs établissements, il parviendra finalement à « se remettre sur les rails », grâce à la préfète de l’athénée Uccle 1 qui lui fera confiance. Elève « médiocre », Thomas Gunzig n’aura le déclic qu’à l’université, l’ULB, dont il sortira diplômé en sciences politiques.
La librairie Tropismes, dans laquelle il travaille comme jobiste étudiant, lui propose ensuite un poste à temps plein, il y restera dix ans. « J’étais attiré par la littérature, mais plus pour la pratiquer que pour la vendre », se souvient-il, déjà actif alors dans l’écriture. C’est le directeur du Théâtre de Poche, Roland Mahauden, qui lui mettra le pied à l’étrier, en l’engageant pendant six mois pour écrire une pièce en résidence. Celle-ci ne sera jamais montée, mais Thomas Gunzig a goûté à la liberté d’auteur, plus possible de revenir en arrière.
Son premier roman Mort d’un parfait bilingue reçoit le prix Rossel en 2001 et son recueil de nouvelles Le plus petit zoo du monde, le prix des Editeurs en 2003. « Des prix confortables pour ton ego, mais qui ne te nourrissent pas », sourit-il, lucide. Thomas Gunzig fait aussi son entrée au « Jeu des dictionnaires », où il restera quelques années, avant de se faire remarquer dès 2010 dans le « Café serré » de Matin Première (RTBF radio).
Humour et indépendance
Outre l’humour noir qui caractérise l’ensemble de son œuvre, « un humour naturel, qui ne console de rien, mais permet de donner le change », affirme-t-il, le besoin d’indépendance semble avoir guidé l’écrivain tout au long de son parcours. Une indépendance d’esprit que l’on retrouve aussi dans sa façon d’aborder son identité. Si beaucoup le considèrent juif, Thomas Gunzig ne se sent lui faire partie d’aucune communauté. « Ma mère est une pure Hollandaise, mon père est à 100% athée, et je me sens avant tout bruxellois », insiste-t-il. Son père, le cosmologue Edgar Gunzig, n’a pourtant jamais caché ses origines juives. Son grand-père a été déporté dans les camps. Quant à sa grand-mère, elle a toujours gardé de fortes convictions communistes, au point de retourner en Pologne après la guerre, avant de revenir s’installer en Belgique. « Mes grands-parents paternels étaient de fervents résistants juifs communistes, sans toujours beaucoup de nuances », souligne Thomas Gunzig, qui se souvient d’une éducation dont la religion était totalement absente. Seule trace de sa judéité, un bref passage par l’UPJB, dans lequel finalement il ne se reconnait pas. « On peut parler de définition de ma judéité en négatif », relève-t-il. « Aujourd’hui, ce sont uniquement les autres qui me rappellent que je suis juif. L’insulte “Sale Juif” d’ailleurs me glace le sang, en me rappelant que j’appartiens à une communauté, alors que moi, je rêve plutôt d’une ronde où tout le monde se donne la main. C’est peut-être pour ça que je suis très méfiant par rapport à tout ce qui est communautaire, cela finit toujours par poser plus de problèmes que de bonheur… »
Avec son film Le tout nouveau testament, coécrit avec Jaco Van Dormael, sorti dans une cinquantaine de pays, Thomas Gunzig a en tout cas toutes les raisons d’être heureux. « Jaco Van Dormael et moi étions copains avant de travailler ensemble. Nous sommes “artistiquement compatibles”, en apportant chacun à l’autre des choses qu’il n’a pas et en nous tirant vers le haut. C’est aussi plus stimulant d’écrire un scénario ensemble », confie-t-il. Ayant frôlé de peu les Oscars, figurant dans le dernier peloton de tête aux Golden Globes et aux Césars, le film promet encore quelques surprises. Thomas Gunzig, lui, poursuit son chemin, entre l’écriture d’un nouveau roman La vie sauvage, un spectacle sur l’amour pour le Théâtre des Tanneurs, et d’autres scénarios de longs-métrages. Il serait même question de fouler le sol américain.
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