Qu’il est doux de suivre le cheminement de Kamal Hachkar de Tinghir à Jérusalem, à la rencontre d’Israéliens juifs d’origine berbère. Son documentaire chaleureux trace un pont d’humanité où il fait bon flâner.
En visite dans la ville de Tinghir (Maroc) où il revient régulièrement, Kamal Hachkar découvre, par hasard, en discutant avec son grand-père, la présence millénaire d’une communauté juive qui vivait aux côtés de la population musulmane. Ainsi débute le voyage du jeune historien à la recherche des traces effacées de l’existence juive dans l’ancien mellah – terme marocain désignant le quartier des résidents juifs dans les villes, séparé de la population musulmane par de hautes murailles. Du jour au lendemain, à l’aube des années 60, les commerces tenus par les Juifs ont été cédés aux musulmans, leurs lieux d’habitation ont été désertés… « Pourquoi ? », questionne-t-il. Sortantdu sommeil les souvenirs enfouis des aînés, le réalisateur fait renaître la vie de la communauté juive par les mots, les récits et anecdotes racontés par les habitants de Tinghir. Ils -Berbères musulmans et juifs- ne se mélangeaient pas, mais se respectaient. Ils ne se mariaient pas ensemble, mais lors de ce départ, oui, il y a eu des larmes de séparation, admettent les anciens. Les adolescents interrogés connaissent étonnamment l’existence passée de cette communauté aux côtés de leurs ancêtres, ainsi que le cimetière juif de leur ville – seule trace tangible de leur vécu à Tinghir. Leurs paroles résonnent de tolérance. Alors, afin de suivre ceux qui sont partis, de retrouver ceux et celles qui, un jour ou une nuit, ont pris leurs valises, achevant leur exode en diaspora, Kamal Hachkar a appris l’hébreu et effectué quelques voyages en Israël où résident aujourd’hui des hommes et des femmes qui partagent ses racines berbères.
Tinghir-Israël, aller (pas si) simple
Pas à pas, avec beaucoup de délicatesse, le réalisateur approche les natifs de cette ville de l’Atlas marocain. La confiance et l’étonnement se lisent sur les visages des hôtes qui accueillent ce jeune homme musulman qui a fait tout ce chemin et cet effort linguistique pour évoquer des êtres et leur ville ensemble. Sollicités par Israël, ces anciens immigrés racontent la conviction, la foi de leur départ en Terre promise, ne niant ni la dureté de la rupture ni l’arrivée difficile et irréversible en Israël. Eux aussi ont versé des larmes de séparation, avouent-ils avec pudeur.
En sonnant à leur porte, Kamal Hachkar leur fait revisiter leur jeunesse et rappelle à leur bon souvenir des figures d’alors. La langue arabe revient, la langue berbère se réjouit de sortir de la bouche de ceux qui parlent désormais hébreu. Un mot pour certains, un peu plus pour d’autres ou un flot de paroles pour les plus âgés; un homme, parti petit, a tout oublié; la fille d’une femme de Tinghir ne veut pas de cette culture qui ne la concerne plus, forcée de comprendre le berbère, elle n’entend pas le parler, elle est israélienne; il y a aussi celui qui mélange maladroitement l’arabe, l’hébreu, le berbère, voire le français, avant de « s’ébrouer » et de s’en amuser sur fond de nostalgie.
Kamal Hachkar est le sage-homme qui fait renaître ce passésimple et complexe à la fois. Et puis, tel le fumet d’un plat commun qui enivre les narines de tous, les mélodies et les chants berbères se frayent un chemin dans les airs. Les témoins de cet exode se raréfient. Kamal Hachkar vient à leur rencontre au bon moment. Chacun évoque ses souvenirs, son vécu. Le dialogue est simple et touchant, il sonne vrai. Sur ses images, le réalisateur est accueilli comme un enfant « du pays ». Sa démarche est humble et courageuse, l’accueil est reconnaissant. Peut-être leur permet-il d’être apaisés d’un certain deuil. Au-delà de ses propres interrogations identitaires, Kamal Hachkar offre ici un beau message d’humanité et de tolérance universelle, en hommage à la culture berbère.
Jeudi 1er novembre 2012 à 17h
« Tinghir – Jérusalem, les échos du Mellah »
Projection au Bozar, en présence du réalisateur, suivie d’un concert judéo-arabe. Dans le cadre du festival Daba-Maroc, en partenariat avec le Projet Aladin, le Centre culturel judéo-marocain et IMAJ.
Infos et réservations : 02/507.82.00
Une exposition photo « Le Maroc en noir et blanc » se tiendra également tout au long du festival au Centre culturel judéo-marocain (19 Place Vander Elst, 1180 Bruxelles).
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