Dans un article intitulé « 30 procent van Nobelprijzen gaat naar Joden »*, un journaliste du Standaard essaye d’expliquer pourquoi 30% des prix Nobel ont été attribués à des Juifs. Si certains se réjouissent souvent de ce genre d’informations, cet article douteux laisse perplexe.
« Encore un Juif » (Alweer een Jood) ! Telle est la réaction de Willy De Buck, journaliste du très sérieux quotidien flamand De Standaard face à l’attribution du prix Nobel de chimie au scientifique israélien Daniel Shechtman.
Comment apprécier cette expression « encore un Juif » ? Cela signifie-t-il qu’il y ait trop de Juifs parmi les lauréats des prix Nobel ? Bien que l’auteur de cet article indique dans le titre que 30% des prix Nobel ont été attribués à des Juifs, il n’exprime pas le fond de sa pensée. Il prend soin de ne jamais se prononcer : il constate vaguement, c’est tout. Mais ce faisant, il distille certaines idées très contestables sans jamais indiquer précisément qu’elles sont fausses et sans fondements.
Cette proportion particulièrement élevée de lauréats des prix Nobel trouble vraiment ce journaliste. A tel point qu’il évoque des thèses douteuses sur l’intelligence juive. Il parle d’abord d’un gène juif de l’intelligence pour citer ensuite une explication liée à la sélection naturelle ! Les Juifs sont ainsi comparés aux ours du Pôle Nord. Bruns au départ, ils seraient devenus blancs par une forme de sélection, ce qui leur aurait permis de survivre dans les conditions atmosphériques polaires. Par un processus analogue, les idiots auraient disparu progressivement du peuple juif pour ne laisser de la place qu’aux esprits brillants.
Soyons sérieux un instant. On parle de la distinction honorifique la plus prestigieuse attribuée à des scientifiques et des écrivains. Il serait donc indispensable d’y porter une attention à la hauteur de ces prix et non pas de publier des considérations au ras des pâquerettes. Car la seule réponse valable à la question de savoir pourquoi tant de Juifs se voient attribués le prix Nobel, est évidemment d’ordre historique et sociologique. Des étagères entières de bibliothèques sont remplies de livres analysant les circonstances et les conditions qui ont favorisé la concentration importante de Juifs dans les professions liées au savoir.
Cet article sans intérêt serait risible s’il ne faisait que conforter les préjugés concernant les Juifs. Ces derniers sont nécessairement différents pour un nombre, hélas, trop important de nos concitoyens. L’auteur de cet article et la rédaction du Standaard se poseraient-ils la même question si 30% des lauréats du prix Nobel étaient protestants ou chinois par exemple ? La réponse tombe sous les sens…
Un quotidien de référence comme le Standaard ne peut se permettre de tels écarts, d’autant plus que cette année, un collectif de scientifiques obscurs avaient lancé une pétition visant à ne plus attribuer pendant plusieurs années de prix Nobel à des Juifs afin de rééquilibrer le palmarès !
*http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=GRA3GL8GD
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