Tsahal moins va-t-en-guerre que le gouvernement ?

Alors que le Hamas est sorti renforcé du récent échange Shalit-prisonniers palestiniens, l’armée israélienne prépare des propositions destinées à rééquilibrer le rapport de forces inter-palestinien.

Selon la presse israélienne*, Tsahal estime qu’il est de l’intérêt d’Israël de renforcer le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas. Elle a compté présenter d’ici peu au gouvernement plusieurs suggestions en ce sens.

La première porte sur les 550 prisonniers qu’Israël s’est engagé à libérer après le retour de Guilad Shalit. Comme l’Etat juif est libre de ses choix, l’armée propose de relâcher en priorité des membres du Fatah. Deuxième suggestion : y ajouter un certain nombre d’autres détenus à « titre gracieux ».

Troisième idée : transférer une partie de la « zone B »** de la Cisjordanie à la « zone A » qui est complètement sous le contrôle de l’AP. A quoi s’ajouterait la restitution de plusieurs dizaines de corps de terroristes palestiniens décédés.

Pourquoi l’armée souhaite-t-elle renforcer Mahmoud Abbas ? Parce qu’elle considère que la reprise des négociations de paix passe toujours par lui et par l’AP (ce qui est également l’opinion du Président Peres) et qu’elle craint qu’il ne démissionne.

En effet, selon le général Eitan Dangot, coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires, le Président palestinien estime que l’impasse est complète : les négociations sont au point mort, le Hamas a repris des forces, et la demande d’adhésion à l’ONU s’enlise.

Du côté de l’actuel gouvernement, on n’éprouve pas toutes ces inquiétudes. D’autant que selon plusieurs de ses membres, l’accord avec le Hamas a été conclu, entre autres, précisément afin de « punir » Mahmoud Abbas pour son action auprès de l’ONU

Certains ministres considèrent aussi que le Président de l’AP ne croit plus à la négociation et compte dorénavant sur les pressions internationales pour parvenir à ses fins. Inutile donc de lui faire de cadeaux.

Reste le risque de démission de Mahmoud Abbas. D’après un conseiller de B. Netanyahou, « il utilise cette menace tout le temps  et on ne la prend pas au sérieux ». D’autant que « nous ne souhaitons pas que l’Autorité palestinienne s’effondre, mais si cela doit arriver, ce ne sera pas non plus la fin du monde ».

Bref, les propositions de Tsahal risquent fort de se heurter à un refus catégorique. Heureusement que M. Netanyahou a déclaré à l’ONU « qu’il continuait à espérer que le Président Abbas soit son partenaire dans la paix ». Les méchantes langues auraient pu finir par en douter. 

Ah, pour ceux que cela intéresse, ajoutons cette prise de position  du ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman : « La démission de Mahmoud Abbas constituerait une bénédiction, car il représente le plus grand obstacle à la paix ».

*http://www.israel-infos.net/ISRAEL–Possibles-dissensions-entre-l-armee-…

**L’Accord de Taba (dit aussi « Oslo II) signé en septembre 1995 divisait la Cisjordanie en trois : La « zone A » sous contrôle totale de l’AP., la « zone B » sous contrôle civil palestinien et contrôle militaire israélien, et la « zone C », sous contrôle total israélien. 

 

 

 

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