David est revenu tout penaud de l’école. « J’ai été puni, parce que je bavardais trop », a-t-il dit à sa mère.
-« Encore ! », s’écria-t-elle. « C’est la troisième fois, ce mois-ci. Vraiment, je ne suis pas fière de toi, David. File dans ta chambre et qu’ça saute ! »
Cette fois, sa mère ne jouait plus à être fâchée. Elle l’était réellement. Quant à son père, il lui expliqua fermement que les études, c’est très important dans la vie. Il termina sur un « Je ne suis pas fier de toi », ce qui fit mal à David.
David prit une grande feuille et aligna 100 fois la phrase : « Je ne dérange pas l’institutrice pendant le cours et j’arrête d’ennuyer les copains de classe ». Il n’arrêtait pas de soupirer. Quand il eut fini, sa mère l’envoya acheter du pain.
Dehors, il faisait frais et le soleil commençait à se coucher. David pressa le pas, car la boulangerie allait fermer, mais tout à coup, il marcha sur un objet dur. Un portefeuille ! Tout en cuir. Dedans, une liasse de billets, un abonnement de métro et une carte d’identité. Sur la photo, un homme souriait. MOHAMED M’RABED, né le 15 mai 1960, à RABAT (MAROC)…
David fut d’abord tout content de sa trouvaille, mais après réflexion, il se demanda ce qu’il allait en faire. Confier le portefeuille à son père ? Ou le rapporter lui-même à ce Monsieur ?
Monsieur M’Rabed habitait à quelques rues de chez lui, mais c’était déjà un autre monde. On y entendait l’espagnol, l’arabe, le turc et bien d’autres langues qui lui étaient inconnues. Arrivé devant la maison, il appuya sur la sonnette.
-« J’ai trouvé un portefeuille et je viens le rapporter », expliqua David. Après quelques secondes, il entendit une voix d’homme lui répondre : « Je vous ouvre. C’est au 4e étage ».
David ne trouva pas d’ascenseur. Il grimpa les quatre étages d’une traite. L’homme de la carte d’identité l’attendait. Il souriait, comme sur la photo.
-« Viens. Entre, mon enfant. N’aie pas peur. Voici ma femme, Aïcha, et mes enfants : Naïma, Malika et Marouan. Comment t’appelles-tu ? »
-« David, David Levi ».
– « Au Maroc, nous avions un voisin juif qui portait le même nom que toi. Et quel âge as-tu, David ? »
-« 10 ans, Monsieur ».
-« Tu es un vrai petit homme. Si tu n’étais pas venu me rapportermon portefeuille, quelqu’un d’autre l’aurait trouvé, et qui sait s’il serait venu jusque chez moi pour me le rendre ? Merci à toi, David ! »
– « Veux-tu rester manger avec nous ? », lui demanda Aïcha.
-« Je dois rentrer. Mes parents vont s’inquiéter ».
Mohamed posa sa main sur la tête de David. « C’est bien. Rentre vite chez toi ».
Dehors, la nuit était tombée. David se mit à courir. Il n’avait pas envie de se faire gronder à nouveau. Mais lorsqu’il arriva chez lui, ses parents l’accueillirent avec le sourire.
– « Monsieur M’Rabed nous a raconté que tu étais venu lui rapporter son portefeuille. David, nous sommes très fiers de toi ! ».Et ils l’embrassèrent.
– « Eh bien maintenant », déclara David, en imitant la voix de son père, « vous me copierez tous les deux NOUS SOMMES FIERS DE NOTRE FILS DAVID 100 fois, pour demain. Et qu’ça saute ! ».