Certains préfèrent un monde, simple, en noir ou blanc, où n’existent que le Bien et le Mal. Pour les autres, voici un petit morceau de réalité, dans la zone grise où se fait parfois l’Histoire.
Selon Gershon Baskin, peu de temps avant de tuer Ahmed Jabari, le chef de la branche armée du Hamas, les dirigeants israéliens discutaient avec lui d’un projet de trêve permanente entre son mouvement et l’Etat juif.
Tout y était prévu, même des mécanismes pour maintenir le cessez-le-feu en cas d’attaques du Djihad Islamique ou d’autres groupes islamistes. Et puis les autorités israéliennes ont changé d’avis…
Celui qui affirme cela n’est pas le premier venu. Gershon Baskin fait partie de ces hommes qui travaillent dans l’ombre des négociateurs officiels, qui traitent avec l’ennemi. C’est à ce titre qu’il a participé aux interminables négociations pour la libération de Gilad Schalit.
Il a alors fait la connaissance de Jabari qui négociait pour le Hamas et a échangé d’innombrables messages avec lui et les services secrets égyptiens. Ils sont ainsi parvenus à l’accord d’échange d’octobre 2011.
Baskin a ensuite maintenu ces canaux de communication ouverts. Selon lui, Jabari avait réalisé que les cycles de violence avec Israël n’apportaient rien au Hamas et augmentaient inutilement les souffrances des Palestiniens de Gaza.
Il aurait ainsi empêché de nombreux tirs de roquettes contre l’Etat juif. Ou, s’il n’y parvenait pas, s’arrangeait pour qu’ils tombent dans des lieux non habités. Des négociations informelles se sont poursuivies entre Israéliens, services secrets égyptiens et Hamas.
Voici quelques mois, Baskin avait présenté au Ministre de la Défense Ehoud Barak, un projet de trêve permanente ce qui avait entraîné la mise en place d’un comité interministériel chargé d’étudier l’idée.
Mais, explique-t-il, « en Israël, ils ont décidé de ne pas décider ». Avant, visiblement, de rejeter cette option et d’éliminer Jabari. « Je pense qu’ils ont commis une erreur stratégique », poursuit Baskin, « et qui va coûter la vie à nombre d’innocents des deux côtés ».
« Laisser le sang frais refroidir »
Désabusé, il ajoute : « Ceux qui ont pris cette décision vont être jugés par les électeurs, mais, à mon grand regret, cela risque d’augmenter leur nombre de voix ».
Ce n’est pas que Baskin regrette la mort de Jabari. « Ce n’était ni un ange ni un homme de paix, mais son assassinat a aussi tué la possibilité de réaliser une trêve et ôté aux médiateurs égyptiens leurs capacités d’intervention ». Or, selon lui, ces derniers, avec l’appui de leur gouvernement, tenaient vraiment à cette idée de trêve.
Depuis lors, Baskin a eu de nouveaux contacts avec les Egyptiens (mais pas avec le Hamas) et ceux-ci conseillent la patience : « Ils ont dit qu’il était nécessaire de laisser le sang frais se refroidir ».
En attendant, Gershon Baskin est plus que pessimiste : « Je me dis qu’avec chaque personne tuée, nous engendrons la prochaine génération de terroristes emplis de haine à notre égard ». Mais bien sûr, certains rejetteront toutes ces nuances au profit de l’histoire officielle.
A savoir que le gouvernement israélien veut la paix, mais ne négocie pas avec les terroristes. Il a été agressé et il a riposté en tuant son ennemi n°1. C’est tellement plus simple et clair ainsi. D’autant que Baskin a été conseiller d’Yitzhak Rabin pour le processus de paix.
Et il a fondé le « Centre Israël/Palestine pour la recherche et l’information** ». C’est donc un gauchiste-un idiot utile-un traître (l’un n’excluant pas les autres). Bienheureux les simples d’esprit, car le royaume des certitudes est à eux…
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