Les services de renseignements ont-ils failli ? Le gouvernement a-t-il négligé la menace que représentaient les tunnels du Hamas ? Dès que le calme sera revenu, la polémique éclatera.
Quand Israël a lancé son opération contre la bande de Gaza, le 8 juillet, c’était afin de faire cesser les tirs de roquettes sur son territoire. Très vite, cependant, Tsahal a réalisé que le danger principal ne venait pas des airs mais bien du sous-sol.
En réalité, les services de renseignement avaient sous-estimé le nombre et la sophistication des tunnels du Hamas et la menace qu’ils faisaient peser sur le pays. Pour y mettre fin, il a fallu lancer l’offensive terrestre du 17 juillet.
C’est aussi pour cela que les troupes au sol se sont retirées le 5 aout : le dernier des 32 tunnels découverts avait été détruit. Contenue tant que les opérations sont en cours, la polémique a déjà commencé dans les médias et se répercutera inéluctablement au niveau politique.
Elle n’attend que la conclusion des combats pour éclater : les services secrets ont-ils failli ? Le gouvernement a-t-il négligé cette menace ? Si oui, pourquoi ? En fait, tout le monde savait que le sous-sol de la Bande, surtout en dessous des cités, ressemble à un gruyère.
Les mouvements palestiniens ont commencé à creuser des tunnels pour lutter contre Tsahal peu après la guerre des Six-Jours en 1967. Cela n’a jamais arrêté depuis. Et le phénomène a pris une ampleur nouvelle en 2006 après la venue au pouvoir du Hamas
Lorsque l’Etat juif (et l’Egypte) ont décrété le blocus terrestre et maritime de la bande de Gaza, des centaines de tunnels de plus ou moins grande importance ont été creusés par où transitaient des biens de consommation ou du matériau de construction
Mais aussi des armes, des munitions, des missiles, etc. S’ils irritaient Israël, ces tunnels excédaient les Egyptiens qui n’ont cessé de multiplier les opérations contre eux, y compris lors de la présidence de Mohammed Morsi, pourtant issu des Frères Musulman dont le Hamas est une émanation.
Cela non plus n’a jamais cessé : en mars 2014, l’armée égyptienne annonçait avoir détruit en un an 1.370 tunnels entre le Sinaï et la bande de Gaza. Et le 27 juillet, en pleine offensive israélienne, elle signalait en avoir dynamité 13 autres…
Mais depuis le 25 juin 2006, les Israéliens savaient aussi que le Hamas avait creusé des souterrain vers leur pays : c’est ce jours là que des membres du Hamas sont sorti d’un d’entre eux et ont capturé le soldat Gilad Shalit.
En octobre 2013, l’armée avait aussi découvert un gigantesque tunnel : creusé à 18 mètres sous terre, long de 2,5 kms, doté d’un système électrique, il débouchait sous le kibboutz Ein Hashlosha, tout proche de la frontière avec la Bande.
« Le gouvernement a préféré développer les implantations en Cisjordanie »
Du travail sérieux : selon Tsahal, il avait fallu 350 tonnes de béton, de quoi construire un petit hôpital de trois étages… Ainsi, même, s’ils ignoraient leur nombre exact, les services de renseignements connaissaient l’existence de galeries sophistiquées menaçant l’Etat juif
Pourquoi les dirigeants israéliens n’ont-ils rien fait ? C’est selon : pour les partisans du gouvernement, c’était un choix à la fois politique et financier : les budgets ne sont pas infinis et les ministres ont estimé que les roquettes étaient la menace principale.
Ils y ont donc répondu –et fort bien- avec le système anti-missiles « Dôme d’Acier ». N’auraient-ils pu aussi bombarder ou attaquer les tunnels connus de l’armée ? Réponse de Giora Eiland, ancien membre du Conseil National de Sécurité :
« Imaginez ce qui serait arrivé si nous avions lancé une opération d’importance, si nous avions sans crier gare, déclaré la guerre au Hamas pour neutraliser des menaces de ce genre ?». D’autant que les Palestiniens ne les utilisaient quasi pas…
Mais pour d’autres, comme le très renommé journaliste Avi Issacharoff du Times of Israël, le gouvernement a « fermé les yeux sur ce sujet par commodité et par amour du calme. Il était plus facile pour lui de se chamailler avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (…).
« Il était plus facile pour lui de développer les implantations en Cisjordanie, que de faire face à une guérilla armée et dangereuse qui est restée calme tant que cela était commode pour elle ».
Moyennant quoi, il a tout de même fallu une sanglante opération terrestre pour en venir à bout : au 5/8, le bilan s’élevait à 64 soldats israéliens tués, dont 11 lors de combats à la sortie de tunnels en Israël même… (Sans compter les 1850 morts et les 10.000 blessés palestiniens),
Mais quoi ? Mieux vaut tard que jamais : les Israéliens peuvent sans doute espérer à présent que le gouvernement financera assez ses scientifiques pour qu’ils développent enfin une technologie élaborée leur permettant de suivre ce qui se passe sous terre.
D’autant qu’il y a peut être urgence. Certes, cela prendra quelque temps au Hamas pour reconstruire les tunnels détruits. Mais à la frontière nord, les habitants du kibboutz Gesher Haziv comme ceux de la ville de Kiryat Shmona ont signalé avoir entendu des bruits étouffés sous le sol.
Certes, la géologie du sol est moins favorable que les terrains sableux de Gaza. Mais, selon les experts, il est possible en six mois de creuser un tunnel de 100m à 12m de profondeur sous la frontière…
Il vaudrait mieux pour tout le monde, y compris pour lui-même que l’actuel gouvernement ne néglige pas encore une fois la menace…
*http://fr.timesofisrael.com/le-souterrain-de-gaza-la-menace-quisrael-a-choisi-dignorer/
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