Turquie-Israël : je t’aime, moi non plus

Pour Israël, le rapport de la commission d’enquête de l’Onu sur le raid israélien contre la flottille pour Gaza  (mai 2010) est incontestablement un succès. Quant à ses conséquences, c’est une autre histoire.

Le gouvernement israélien peut se réjouir : le « rapport Palmer » considère, en effet,  le blocus de la bande de Gaza comme « conforme au droit international ».Ce qui, dans la foulée, justifie l’intervention des commandos israéliens pour le faire respecter.  

Qui plus est, le document précise que  « la flottille a agi de façon imprudente en essayant de forcer le blocus naval »  Et il ajoute encore que les Israéliens ont dû faire face à « une résistance organisée et violente de la part d’un groupe de passagers ».

Pour autant, le rapport Palmer condamne l’abordage du « Mavi Marmara » qui a coûté la vie à neuf militants turcs : « La décision d’Israël d’embarquer à bord des bateaux avec une telle force, si loin de la zone du blocus et sans avertissement final juste avant l’assaut était excessive et déraisonnable ». 

Un bilan globalement positif donc mais une victoire chèrement payée : la Turquie, qui avait déjà rappelle son ambassadeur en Israël et interdit son espace aérien à Tsahal, vient d’abaisser le niveau des relations diplomatiques et de geler  sa coopération militaire avec l’Etat juif.

Ainsi agonise cette alliance israélo-turque, un des rares succès de Benjamin Netanyahou lors de son premier mandat à la tête de l’Etat juif (1996-1996). Bien sûr, cette rupture n’a pas été causée par la seule attitude du gouvernement israélien à ce stade de la crise.

Ce virage stratégique était dans l’air dès l’arrivée au pouvoir des islamistes turcs en 2002. Mais ceux-ci devaient prendre en compte nombre de paramètres dans leur « grande politique ».

Il y avait l’alliance stratégique avec les Etats-Unis et l’entrée d’Ankara dans l’Union européenne.  Et aussi les relations avec les pays turcophones d’Asie centrale (Azerbaïdjan, Kirghizstan, Turkménistan, etc.). Et surtout, le grand retour des Ottomans sur la scène arabe.

En bonne politique, la Turquie  a cherché, au fil des ans,  à conserver un maximum de fers au feu. Jusqu’à ce que le manque d’intérêt apparent d’Israël pour l’alliance turque amène Ankara a faire le choix d’accélérer la rupture.

Durant les mois qu’ont duré la préparation de ce fameux rapport Palmer, une réconciliation était pourtant envisageable. Les diplomates turcs de l’Onu  ont répété aux Israéliens que tout le monde pouvait faire une erreur et qu’entre amis, il n’y a ni mal ni honte à s’en excuser. 

Victoires dangereuses, défaites utiles

Des excuses ? Un mot intolérable aux oreilles des deux Pieds Nickelés de la diplomatie israélienne, Avigdor Lieberman et Daniel Ayalon. A leurs yeux, ne pas traiter ses amis comme des paillassons est un signe de faiblesse que l’Etat juif ne saurait se permettre.

Le Premier Ministre Netanyahou a bien essayé de rattraper le coup mais, comme toujours avec cette coalition instable, sa marge de manœuvre a été limitée. Il a donc fait part de « ses regrets », à la Turquie et accepté de verser une compensation financière pour les morts.

Mais il n’a pu aller jusqu’à présenter les excuses que le gouvernement Erdogan, non sans machiavélisme, réclamait de plus en plus fort. Question « d’honneur ».  Et aujourd’hui, au point où Israël en est rendu,  ces excuses deviendraient bel et bien  un revers diplomatique ;

Ceci étant, de même qu’il y a des victoires dangereuses, il existe des défaites utiles. L’Etat juif ne devrait-il pas passer sur une courte humiliation afin tenter de sauver ce qui peut l’être d’une alliance aussi importante pour lui ? N’a-t-il pas assez d’ennemis en ce moment ?

D’autant que, si elle n’est pas rattrapée in extrémis, la Turquie semble prête à aller loin sur ce nouveau chemin : elle envisage de porter la question de la légalité du blocus devant la Cour de Justice Internationale de la Haye voire de poursuivre en justice les Israéliens responsables de l’attaque de la flottille.

Plus grave : le Premier Ministre turc songe à se rendre à Gaza. Par mer. Et d’envoyer sa marine protéger  les bateaux  cherchant à rompre le blocus. Comment les petits génies  des Affaires Etrangères défendront-ils alors « l’honneur d’Israël » ?

En instaurant un blocus autour de la Turquie ? En lui déclarant la guerre ? Brutalité, bêtise, courte vue…  A l’intérieur comme à l’extérieur, ce gouvernement semble avoir à cœur de démontrer tous les jours qu’il est bien le plus incompétent qu’Israël ait jamais connu.

 

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