Tzipi Livni : « L’immobilisme met Israël en danger »

Comme le montre cette interview de l’ancienne ministre des Affaires étrangères et actuelle présidente du parti centriste Kadima (parue dans le quotidien français Le Figaro*), l’incompétence du gouvernement Netanyahou devient de plus en plus visible. Et dangereuse.

Le plus frappant dans cette interview de la chef de l’opposition est probablement son état d’esprit : celui d’une personne en quête de solutions pour agir. Ce qui change des dirigeants actuels qui cherchent d’abord des raisons pour ne rien faire….

LE FIGARO – Pensez-vous qu’Israël devrait répondre favorablement à l’initiative française visant à relancer des négociations avant que les Palestiniens ne demandent à être reconnus en tant qu’État à l’ONU en septembre?

Tzipi LIVNI – Les négociations sont plus nécessaires que jamais. C’est la seule façon d’arrêter toutes les actions unilatérales, quelles qu’elles soient. En ce qui me concerne, des négociations sont nécessaires quoi qu’il arrive en septembre.

Quand j’étais au gouvernement, j’ai moi-même initié les pourparlers et je n’ai donc pas eu à payer un prix pour les lancer. Après les élections, j’ai demandé au Premier ministre de poursuivre ces efforts.

Un gel des implantations n’est pas un prix trop élevé pour parvenir à notre objectif qui est celui de deux Etats pour deux peuples. Le choix, aujourd’hui, est entre négocier et ne pas négocier. C’est un choix crucial pour Israël.

L.F. – L’isolement d’Israël sur la scène internationale vous préoccupe-t-il?

Tz. L. – Oui, absolument. Et cela ne va pas s’arrêter. Pour moi, une chose est claire: mettre fin au conflit avec les Palestiniens est dans l’intérêt d’Israël. C’est la seule façon de préserver notre vision, qui est celle d’un Etat juif et démocratique.

Cette vision implique deux Etats pour deux peuples. Le problème de l’isolement n’est pas de savoir si on nous aime ou pas. L’immobilisme met Israël en danger. Cela affecte la légitimité d’Israël et donc notre capacité à nous défendre, parce que notre droit d’agir est mis en doute.

L.F. – L’accord entre le Hamas et le Fatah rend-il des négociations impossibles?

Tz. L.  Pour certains, c’est une raison de ne pas négocier; pour d’autres, c’est une excuse. Pour moi, c’est un problème à résoudre. Nous connaissons le Hamas. Ils ne sont pas prêts à mettre fin au conflit. En fait, le problème a déjà été traité.

Quand le Hamas a remporté les élections, en 2006, j’étais ministre des Affaires étrangères. Le « Quartet » (Etats-Unis, UE, Russie, ONU) a alors imposé des conditions (reconnaissance d’Israël, renoncement à la violence et reconnaissance des accords signés, NDLR) au gouvernement palestinien – je dis bien : le gouvernement palestinien.

Nous ne pouvons pas négocier avec le Hamas, mais nous pouvons le faire avec un gouvernement palestinien qui accepte les conditions du Quartet. Au Hamas, ensuite, de décider s’il accepte l’accord.

L.F. –  Le gouvernement israélien insiste pour qu’un accord mette fin définitivement au conflit et à toute revendication ultérieure. Est-ce un obstacle?

Tz. L.  C’est réalisable. J’ai négocié avec les Palestiniens pendant neuf mois, et ils comprennent que cela fera partie d’un accord, même si c’est le dernier article du texte qui sera signé. L’article en question stipulera:

«Ceci met un terme à toute revendication, dans le cadre de deux Etats pour deux peuples, chaque Etat répondant aux aspirations nationales de son peuple, le peuple juif en ce qui concerne Israël, et le peuple palestinien en ce qui concerne son Etat».

Cela répond, par ailleurs, à la question de la reconnais­sance par les Palestiniens d’Israël en tant qu’Etat juif.

L.F. –  Pourquoi ne pas entrer au gouvernement?

Tz. L.  Parce que (le Premier ministre) Netanyahou ne veut pas. Je lui ai proposé plus d’une fois de former une autre coalition. Il ne s’agit pas pour moi de me rallier à cette coalition sans avoir les moyens de la convaincre. Je considère que mon rôle, aujourd’hui, est de maintenir l’espoir d’une alternance, le moment venu.

*http://www.lefigaro.fr/international/2011/06/22/01003-20110622ARTFIG0066…

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