Un amour de jeunesse

Maman : trentenaire un peu débordée

Enfants : un ptit gars de 5 ans et demi, une blondinette de 2 ans et demi.

Le ptit gars : « … même si les filles, c’est nul ! »

Sur le chemin de l’école, il a craqué, il m’a tout dit. Très sensible, le ptit gars est aussi très pudique, et garde généralement ses sentiments pour lui. Mais cette fois, c’était plus fort : « Maman, je suis presque amoureux de Camelia », m’a-t-il lancé comme une délivrance. J’en ai moi-même ressenti du soulagement pour cette ravissante petite fille, dont les tentatives de séduction s’étaient jusqu’à présent révélées vaines. Je l’avais vue, un matin, montrer sa nouvelle robe au ptit gars, sans que celui-ci n’y prête attention. Question de jouer à celui-à-qui-on-la-fait-pas, devant les copains. Je l’avais imaginée, ensuite, raconter sa déception à ses parents, ou la garder pour elle. Ce sont des choses qui arrivent.

Elle l’aura invité une après-midi entière pour jouer chez elle, point rancunière et sûre d’elle, habillée en princesse. Lui, en petit garçon intimidé, sans l’ombre d’un costume. A force de culot et de persévérance, « et même si les filles, c’est nul », comme il aime le répéter, elle aura su le conquérir. Bon, d’accord, elle n’est pas juive, et alors ? Ses parents sont argentins et professeurs de tango, ça fait déjà rêver. A mille lieues d’un corps à corps endiablé, notre ptit gars semble d’ailleurs sous le charme. La maman m’a secrètement confié qu’elle l’avait surpris faire promettre à sa fille de n’en rien dire à l’école. Comment s’y prendre autrement si l’on veut rendre un secret public !

Je me souviens, il y a encore quelques mois, le ptit gars nous avait dit être amoureux de sa petite sœur. A quoi, je lui avais sagement répondu que ce n’était pas possible. Il s’était mis en colère : « Oh mais alors, je fais comment moi maintenant, j’ai pas d’amoureuse alors, voilà ! ». Avec sa petite sœur, et les mois passant, il est devenu un grand frère, et tient particulièrement à ce statut qu’ont adopté en même temps que lui la plupart de ses camarades.

Un grand frère joueur, coquin, flatteur, râleur, parfois jaloux, parfois fier, souvent mauvais joueur. Un grand frère qui peut l’aider à devenir plus autonome, qui peut la rassurer quand elle a peur. Un grand frère qui peut la faire rire, lui expliquer le respect des règles… ou la façon de les transgresser, c’est tellement plus drôle à deux !

Une amoureuse, c’est différent, même si rien n’est encore très clair à cinq ans. Il sait qu’il sera un grand frère « pour toute la vie », alors que ses amours sont encore passagères… Hier, sur le chemin de l’école, le ptit gars avait changé d’avis : « Maman, je ne vais plus être amoureux de Camelia, parce que nous, les garçons, on attaque les filles. Et elles, elles sont malines, elles vont chercher les grands ! ». C’est vrai qu’elles sont malines, les filles.

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