Un appel juif au boycott d’Israël !

A l’initiative de l’Union juive française pour la paix (UJFP), un appel à boycotter Israël a été lancé. Adressé sous la forme d’une pétition, cet appel se veut juif même s’il reprend à son compte toutes les incohérences et les travers des promoteurs de BDS.

L’Union juive française pour la paix (UJFP) appelle au boycott d’Israël. Cette organisation française antisioniste n’avait-elle pas déjà multiplié les appels au boycott d’Israël ? Oui, mais cette fois-ci, c’est aux Juifs qu’ils demandent de le faire.

L’avantage et le problème avec les organisations antisionistes, c’est qu’elles sont toujours prévisibles. Leur tropisme tiers-mondiste les entraîne à appliquer la même grille de lecture à des situations radicalement différentes. Tout est envisagé en termes de lutte anticoloniale. Ainsi, l’appel de l’UJFP à boycotter Israël commence de par ces mots : « La guerre menée par l’État d’Israël contre le peuple palestinien n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire : c’est une guerre coloniale ».

Ce qui ne l’empêche pas pour autant d’invoquer l’exemple raciste sud-africain pour justifier le boycott d’Israël « pour les mêmes raisons qu’on a boycotté I’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid ». Cet appel assimile donc conflit israélo-palestinien et apartheid sud-africain. « Pourtant, les natures respectives de ces conflits diffèrent du tout au tout », observe Willy Wolsztajn, secrétaire général de J Call Belgique et administrateur du CCLJ. « L’Afrique du Sud est une nation unique où la petite minorité blanche dominait la majorité noire et métisse via un système ségrégationniste. Le conflit israélo-palestinien voit s’affronter deux identités nationales pour une terre que chaque partie considère comme sienne. Le but de l’amalgame est limpide : accréditer l’idée que l’existence d’Israël vaut la domination raciste blanche sur l’Afrique du Sud ».

En bons Juifs antisionistes plutôt discrets sur leur identité juive, les militants de l’UJFP vont mettre en avant, voire surinvestir leur identité juive pour se dresser contre Israël en rappelant cette lapalissade qui n’a rien de neuf ni de révolutionnaire : « Le fait d’être juif/ve n’implique aucune obligation d’allégeance à Israël ni à sa politique criminelle ». Mais pour l’UJFP, cela signifie surtout de délégitimer Israël de manière obsessionnelle.

Et c’est même de cette manière que le dérapage se produit et que le point de Godin est atteint. L’appel au boycott d’Israël est lancé « parce que le crime prétend se faire en mon nom. Je refuse que le peuple palestinien paie pour des crimes (l’antisémitisme, le génocide nazi) commis par les sociétés européennes ». L’UJFP est sûrement prompt à dénoncer l’instrumentalisation de la mémoire de la Shoah par les autorités israéliennes. Mais dans ce registre, elle ne fait pas mieux.

Il y a un autre registre odieux que l’UJFP exploite : l’antisémitisme. La responsabilité de ce phénomène n’est pas attribuée à ses auteurs (les antisémites) mais à Israël ! « La politique de ce pays n’est pas seulement criminelle contre les Palestiniens, elle met sciemment les Juifs/ves en danger », précise l’appel au boycott. Paradoxalement, c’est un argument qui n’est jamais invoqué pour tout autre Etat. Très active dans la dénonciation de l’islamophobie, l’UJFP n’a jamais incité (à juste titre) au boycott de la Turquie au prétexte que la politique criminelle d’Erdogan dans toute une série de dossiers mettrait sciemment les Turcs d’Europe en danger !

Cet appel au boycott juif d’Israël se termine par la dénonciation des condamnations judiciaires dont ont fait l’objet les campagnes BDS en France. L’UJFP s’en offusque et considère cette « criminalisation » comme un moyen de « museler la solidarité envers les droits des Palestinien-ne-s ». A cet égard, il est vrai que les différents faits d’armes de BDS s’éloignent bien souvent de la solidarité envers les droits de Palestiniens. Un exemple : le chanteur américain de Reggae Matisyahou avait été déprogrammé d’un festival en Espagne en août 2015 car il était présenté par BDS comme « représentant Israël ». On voit bien que BDS vise des artistes pour ce qu’ils sont : des Juifs, et pas seulement des Israéliens, même si le simple fait d’être israélien ne justifie en rien ce boycott.

La solidarité envers les Palestiniens passe-t-elle par l’assimilation d’Israël à l’Afrique du Sud ? Bassam Eid, un militant palestinien des droits de l’homme et fondateur du Palestinian Human rights monitoring group (l’équivalent de B’Tselem côté palestinien), en doute et estime que la solution ne réside pas dans le boycott. « Ce n’est pas la menace du boycott qui forcera Israël à conclure un accord de paix », fait-il remarquer. « Le monde doit faire comprendre à Israël ce qu’il a à gagner en mettant fin à l’occupation, plutôt que de relayer les appels au boycott qui ne feront qu’éloigner un peu plus le rêve d’un Etat Palestinien ».

Un appel que l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) va évidemment diffuser et soutenir en Belgique. Ce ne sera pas la première fois que ces deux organisations juives antisionistes s’unissent pour lancer des appels au boycott d’Israël en dépit de l’absurdité de cette action politique. 

 

 

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