L’affaire est certainement grave : ce vendredi 9 septembre, des émeutiers égyptiens ont envahi l’immeuble d’une vingtaine d’étages où est installée l’ambassade d’Israël au Caire.
Selon les premières informations, les manifestants égyptiens seraient parvenus jusqu’à la réception située au rez-de-chaussée mais non dans l’ambassade d’Israël elle-même, située aux niveaux supérieurs.
Durant toute la nuit, des affrontements violents ont opposés les manifestants aux forces de l’ordre. Ce samedi matin, un premier bilan évoque des coups de feu, un mort, 450 blessés et d’une centaine d’arrestations.
L’ambassadeur Yitzhak Levanon, sa famille et la plus grande partie du personnel ont été rapatriés en Israël. Cette intrusion violente, qui contrevient, bien sûr, à tous les usages diplomatiques, est naturellement intolérable.
Il est à noter, cependant, que, à l’inverse de l’invasion de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran en novembre 1979, celle-ci s’est déroulée contre la volonté des autorités égyptiennes. Celles-ci ont, au contraire, déployés de puissants moyens pour contrer les manifestants.
N’empêche, il s’agit là d’un signe supplémentaire de la dégradation des relations israélo-égyptiennes. Un processus entamé depuis bien longtemps et dont seule la censure du régime Moubarak empêchait la manifestation.
Ce n’est certes pas agréable à voir mais il est peut-être temps de regarder la situation en face : les Egyptiens en ont assez de la politique israélienne. Tout comme les autres Etats arabes pro-occidentaux. (Jordanie, Arabie Saoudite, Maroc etc.)
S’ils ne le manifestent pas davantage, ce n’est que pour deux raisons : le poids des Etats-Unis et la puissance militaire d’Israël. De même, la plupart des autres Etats de la planète sont excédés, comme on risque de le voir sous peu à l’ONU.
On ne parle pas ici de pays, comme l’Iran qui sont clairement des ennemis déclarés d’Israël mais bien de ceux qui sont alliés, amis ou « neutres » face à l’Etat juif. Il est facile mais faux de mettre cela sur le dos d’un hypothétique antisémitisme mondial.
Il est tentant mais tout aussi inexact de crier à l’antisionisme. La majorité des Etats de la planète ne veulent absolument pas la disparition de l’Etat juif. Il en va de même dans le monde arabe. Depuis une vingtaine d’années et après, certes, des décennies de rejet, celui-ci est prêt à s’accommoder de l’existence d’Israël.
L’existence oui, la politique non. Le monde a soutenu la création d’un Etat juif. Il a approuvé sa volonté de se défendre. Il a condamné ceux qui veulent le détruire.
« Jugé, pesé et trouvé léger »
Mais la communauté internationale ne tolère pas qu’Israël veuille s’agrandir aux dépens d’un autre peuple. Et elle le lui fait savoir sur tous les tons : possible jusqu’à la fin des années de décolonisation, le temps des modifications de frontières par la force est révolu.
Là où elles existent, ces modifications ne sont pas reconnues, même si elles durent depuis 60 ans, comme c’est par exemple le cas du Tibet. Tel est le message de cette attaque comme de toutes les autres (manifestations, boycotts, votes…) qu’Israël subit de plus en plus.
Des messages que le gouvernement israélien actuel semble trop autiste pour percevoir. Pourtant, on aurait pu espérer qu’avec tous les religieux qu’il compte en son sein, il connaîtrait le Livre de Daniel.
Et notamment ce passage où le Roi de Babylone voit s’inscrire en lettre de feu sur le mur de son palais, les mots : « Mané, Thècel, Pharès » que le prophète Daniel lui traduisit par « Tu as été jugé, pesé et trouvé léger ». Le lendemain, Babylone fut prise par l’ennemi et le Roi, tué.
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