Un gouvernement médiocre, incapable et dangereux…

Dagan, Diskin, Ashkenazi; les deux premiers ont dirigé les Services secrets, le troisième a commandé l’armée israélienne. Tous trois dénoncent avec force l’incompétence du gouvernement actuel. Et ils ne sont pas les seuls…

Quand Meïr Dagan a abandonné ses fonctions à la tête du Mossad* en 2010, B. Netanyahou l’a encensé pour ses succès. Quand, en 2011, Gabi Ashkenazi a cessé d’être Chef d’Etat-Major de Tsahal, B. Netanyahou l’a applaudi pour « avoir rétabli la puissance et l’efficacité de Tsahal ».

Quand, la même année, Youval Diskin a quitté la direction du Shin Bet, B. Netanyahou l’a félicité pour l’efficacité de sa lutte contre le terrorisme palestinien. C’étaient des héros d’Israël, « les meilleurs des meilleurs », clamait alors la droite unanime.

Aujourd’hui, la même droite les accuse tous trois de « sacrifier le pays pour faire carrière », de « planter un poignard dans le dos de la nation » ou encore de « saboter les efforts du gouvernement pour obtenir le soutien du monde contre l’Iran ».

C’est qu’entretemps, ces trois hommes, qui ont été durant des années des proches collaborateurs du Premier ministre actuel, ont décidé de dénoncer sa politique gouvernementale. Et avec quelle virulence !

Meïr Dagan : « Une attaque aérienne contre les réacteurs nucléaires de l’Iran serait insensée (…) Ce serait une dangereuse aventure. Cela pourrait déclencher une guerre régionale incluant des tirs de milliers de missiles de l’Iran et du Hezbollah ».

Youval Diskin, accuse, lui, le Premier ministre et le ministre de la Défense Ehoud Barak de tromper les Israéliens sur l’Iran et d’être incapables de gérer une éventuelle confrontation avec Téhéran.

Diskin : « Je n’ai aucune confiance en  ces gens. (…) Je les ai côtoyés de près: ce ne sont pas des Messies, ces deux-là. Personnellement, je ne leur confierais pas la responsabilité de diriger Israël à l’occasion d’un événement de cette ampleur ».

Il reproche aussi au gouvernement de n’avoir aucune intention de faire la paix avec les Palestiniens : « Faire croire que nous n’avons pas de partenaire côté palestinien est une plaisanterie. La vérité est que ce gouvernement ne veut pas de dialogue avec l’Autorité palestinienne et ne trouve aucun intérêt à le faire ».

« La Shoah est une chose, l’Iran en est une autre »

Et s’il n’y avait qu’eux. Voici ce que déclare Tsipi Livni, l’ex-présidente de Kadima, qui vient de démissionner de la Knesset : « Israël vit au-dessus d’un volcan. L’horloge mondiale avance. L’existence d’un Etat juif et démocratique, qui est l’essence même du sionisme, fait l’objet de graves menaces ».

Et de poursuivre : « Les dirigeants israéliens se cachent la tête dans le sable depuis des années et perdent leurs temps en manœuvres et  pirouettes alors que les menaces visant Israël ne font que croître ».

Pendant ce temps, B. Netanyahou compare l’Iran à l’Allemagne nazie : « Aujourd’hui comme à l’époque, des gens veulent annihiler le peuple juif (…) Quiconque considère la menace iranienne comme fantaisiste n’a tiré aucune leçon de  la Shoah ».

Réponse du président Shimon Peres quelques jours plus tard : « La Shoah  est une chose, l’Iran en est une autre. La comparaison est déplacée ». Ambiance… Mais, dira-t-on, à part Shimon Peres qui n’en a aucun, tous ces gens ne sont plus au pouvoir. Pas faux.

Benny Gantz l’est, lui : c’est l’actuel  Chef d’Etat-Major de Tsahal. Et il n’hésite pas à dire exactement l’inverse de ce qu’affirme B. Netanyahou qui clame que les dirigeants iraniens sont des fous dangereux « qui veulent nous détruire et qui développent fiévreusement des armes atomiques pour atteindre cet objectif ».

Sauf que, pour Benny Gantz, « les dirigeants iraniens sont des gens très rationnels et (…) ils ne franchiront pas le dernier pas pour la production d’armes nucléaires ». Contrairement à son Premier ministre, il estime aussi que « les sanctions internationales commencent à porter leurs fruits ».

Un point de vue partagé par les Etats-Unis, mais aussi par la quasi-totalité des dirigeants de Tsahal, leur ancien chef, Gaby Ashkenazi, en tête. On ne peut qu’espérer que les Israéliens se souviennent de tout cela pour les élections qui s’annoncent…

*Le Mossad est en charge du renseignement et de la lutte anti-terroriste hors d’Israël. Le Shin Bet fait de même à l’intérieur du pays et dans les territoires occupés.

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