La Knesset a voté dimanche soir la confiance au gouvernement du nouveau Premier ministre Naftali Bennett, qui met fin aux douze ans de gouvernements Netanyahou.
Sur les 119 députés présents à la Knesset (sur 120 au Parlement) 60 ont voté en faveur de la nouvelle coalition, qui va de la droite à la gauche, en passant par l’appui d’un parti arabe.
Cinquante-neuf députés, principalement du parti Likoud de M. Netanyahu, de l’extrême droite et des partis ultra-orthodoxes, s’y sont opposés. Un député de la liste arabe Raam, qui soutient pourtant la coalition, s’est lui abstenu.
Dans la foulée, chaque membre du 36e gouvernement israélien a prêté serment à la tribune de la Knesset, à commencer par Naftali Bennett.
Devant l’impasse politique dans laquelle se trouve Israël depuis plsuieurs élections législatives en deux ans, le président Reuven Rivlin avait demandé au chef alors de l’opposition Yaïr Lapid, de tenter sa chance.
Avec un parti arabe
Et ce dernier a réussi in extremis début juin à réunir une majorité en formant une coalition réunissant deux partis de gauche, deux de centre, trois de droite et – fait rarissime dans l’histoire israélienne – un parti arabe, la formation Raam de l’islamiste modéré Mansour Abbas.
Tous les observateurs ont noté les contradictions inhérentes aux partis formant cette coalition. Ils ont déjà identifié les problèmes qui risquent de survenir dès les prochaines semaines, compromettant son avenir. Pourtant les dirigeants de ces 8 partis affirment tous, au-delà de leurs divergences, partager une même volonté de remettre en marche un pays paralysé depuis 2 ans et demi et qui fonctionne sans budget. Ils veulent s’atteler à prendre en charge les nombreux problèmes qui touchent au quotidien de toute la population. Les chantiers sont nombreux : la santé, les transports, l’éducation, où les différences de programmes et de moyens entre les quatre systèmes qui se côtoient, chacun s’adressant à une des quatre tribus (laïque, orthodoxe, religieux national et arabe) constituant la nation, ont des conséquences sur le niveau global des élèves qui a beaucoup régressé ces dernières années, l’emploi, la situation sociale où la politique ultralibérale des gouvernements successifs, majoritairement de droite a entrainé un appauvrissement de près de 2 millions de personnes ; la violence et la délinquance dans les villes et villages arabes, avec plusieurs dizaines de meurtres par an qui ont contribué à l’explosion des émeutes intercommunautaires du mois dernier ; … La liste est encore longue des chantiers à ouvrir !
Ecarts idéologiques immenses
Les défis sont nombreux et les écarts idéologiques entre les différents partis de cette coalition sont immenses. « Mais nous retenons deux de ses caractéristiques majeures qui vont constituer un tournant dans l’histoire du pays », souligne J CALL, Le réseau juif européen pour Israël, pour la paix et pour la solution à deux Etats. « Tout d’abord la présence de ministres d’un parti arabe en son sein constitue une révolution qui restera un acquis. Les Arabes voient leur légitimité reconnue pour entrer dans le jeu politique du pays, après en avoir gravi tous les échelons par leur travail et la réussite dans leurs études ».
Tourner la page des années Netanyahou
Et d’ajouter que « le dénominateur commun des participants à ce gouvernement est leur volonté de tourner la page aux années Netanyahou, avec la violence verbale et parfois physique qui les a caractérisées. Ils aspirent tous à pacifier le débat public, ne faisant plus de leurs adversaires des traitres ou des ennemis, comme cela a été le cas ces dernières années, et à permettre à la société israélienne de retrouver la cohésion qui la caractérisait à ses débuts. Là est sans doute le principal enjeu de ce gouvernement qui, par ailleurs, compte tenu des divergences existantes entre ses participants sur la politique à mener vis-à-vis des Palestiniens, sera sans doute un gouvernement de paralysie sur ces questions ».
La droite et l’extrême droite ne feront pas de cadeau à ce nouveau gouvernement. Les « débats » qui ont précédé le vote d’investiture l’ont montré par le menu. Il faudra aussi compter avec les dizaines d’associations, d’instituts et de militants qui attendent de se jeter sur les ministres et les législateurs avec des plans de réforme et de législation. Ils exploiteront toutes les occasions qui se présenteront. La gauche, en revanche, n’a plus l’habitude de gouverner et ne dispose pas d’une infrastructure aussi organisée et puissante même si elle peut encore s’appuyer sur les syndicats et les mutuelles. L’exploitation des opportunités politiques par la gauche dépendra, entre autres facteurs, de la mise en place d’un tissu associatif et extraparlementaire aussi puissant que l’extrême droite et les nationalistes religieux.
Des opportunités
Mais à y regarder de plus près, la gauche et le contre ont également quelques opportunités dans ce nouveau gouvernement. Il y a des sujets sur lesquels il n’y a pas de controverses dramatiques, comme l’a noté Bennett dans son discours, principalement sur les questions économiques, de bien-être social et d’éducation, et dans tous les domaines où l’accent est mis sur l’amélioration du service et de la vie civile en Israël. Il y a également quelques avancées historiques dans les domaines relatifs à l’État et à la religion, qui peuvent être mises en œuvre en l’absence de partis ultra-orthodoxes dans cette coalition. Après des années dans l’opposition, un rôle vidé de tout contenu, le centre-gauche pendant les années Netanyahou, a maintenant l’opportunité d’avancer quelques politiques réelles.
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Le Premier ministre Naftali Bennett (Yamina) – occupera d’abord le poste de Premier ministre pendant deux ans, dans le cadre d’un accord de rotation avec Yair Lapid, qui doit prendre le rôle le 27 août 2023.
Siègent notamment au sein de ce gouvernement :
Le Premier ministre suppléant et ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (Yesh Atid).
Le ministre de la Défense Benny Gantz (Kakhol Lavan).
Le ministre des Finances Avigdor Liberman (Yisrael Beyteinu).
Le ministre de la Justice, Gideon Saar (Tikva Hadasha).
Le ministre de la Sécurité publique, Omer Barlev (Parti travailliste).
La ministre des Transports, Merav Michaeli (Parti travailliste).
Le ministre de la Santé, Nitzan Horowitz (Meretz).
La ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked (Yamina).
La ministre de l’Education, Yifat Shasha-Biton (Tikva Hadasha).
La ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Pnina Tamano-Shata (Kakhol Lavan).
La ministre des Sciences, Orit Farkash-Hacohen (Kakhol Lavan).
La ministre de la Protection de l’Environnement, Tamar Zandberg (Meretz).
Le parti Raam devrait obtenir un ministre adjoint au sein du bureau du Premier ministre.
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