Un hôpital juif à Berlin… pendant la 2e Guerre mondiale

Refuge en enfer (André Versaille éditeur) narre, selon les termes de son auteur, Daniel Silver, une « anomalie » oubliée de l’historiographie de la Solution finale : la survie inouïe de l’hôpital juif de Berlin sous le 3e Reich, jusqu’à la capitulation hitlérienne.

Les témoins directs de la Shoah disparaissent progressivement et malgré tout la connaissance de la situation des Juifs en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale s’affine avec le temps. Il y a quelques années, le grand public avait pu découvrir l’épisode étonnant de la Rosenstrasse. Des centaines de femmes allemandes « aryennes » manifestent au cœur de Berlin, en février 1943pour obtenir la libération de leurs maris juifs raflés et menacés de déportation. Ni la présence des SS, ni même les terribles bombardements aériens britanniques ne les empêchent de défier le régime et d’exiger la libération de leurs maris juifs. Le plus incroyable, c’est qu’elles remportent ce bras de fer. Quelques jours plus tard, la SS met fin aux arrestations et aux déportations qui ont continué jusque-là, mais elle ordonne la libération de tous les juifs mariés à des Allemandes –elle fera même rechercher à Auschwitz vingt-cinq d’entre eux, qui pourront regagner leur foyer. Presque tous, d’ailleurs, survivront à la guerre.

Refuge en enfer, le dernier livre de Daniel Silver nous entraîne dans une histoire aussi surprenante. Alors que les armées soviétiques prennent Berlin en avril 1945 Berlin et encerclent Hitler enfermé dans les sous-sols de la chancellerie, elles font une découverte stupéfiante dans le quartier de Wedding : un bâtiment à peu près intact abritant plusieurs centaines de personnes, médecins, infirmières, malades, personnel non médical, et un groupe d’individus hétérogène. Un homme s’avance vers les soldats soviétiques et leur dit : « Ceci est l’hôpital juif. Nous sommes juifs ! ».

Aussi fou et surréaliste que cela puisse paraître, pendant que l’Allemagne nazie entreprend d’exterminer les communautés d’Europe, un étrange et éminent médecin juif, Walter Lustig, a réussi à introduire une infime dissidence dans l’engrenage génocidaire. Ce médecin est d’ailleurs l’énigme ardente de cette histoire qui prend l’allure d’un thriller politico-médical. Juif allemand marié à une « aryenne », lié à de hauts responsables nazis, le docteur Lustig est-il un méprisable collaborateur chargé de dresser les listes de déportation parmi le personnel hospitalier, ou, au contraire, un héros qui a réussi à sauver des centaines de vie ?

Non seulement l’ouvrage de Daniel Silver revient sur une incroyable histoire de survie mais il constitue surtout un document précieux pour comprendre le fonctionnement parfois complexe de l’appareil nazi dans ses rapports avec les Juifs.

Daniel Silver présentera son livre le lundi 12 septembre de 18h à 20h à la librairie Filigranes. La conférence et le débat seront animés par Joël Kotek, historien et directeur de publication de la revue Regards. Info : www.filigranes.be/fr/agenda

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