Un Juif candidat à la direction du Centre pour l’égalité des chances

Depuis longtemps, Michael Freilich, le rédacteur en chef de Joods Actueel (magazine juif d’Anvers) porte un regard très critique à l’égard de Jozef De Witte, le directeur actuel du Centre pour l’égalité des chances arrivé en fin de mandat. Michael Freilich a annoncé qu’il souhaite présenter sa candidature à la direction de cette institution fédérale.

Jozef De Witte dirige le Centre pour l’égalité des chances depuis mars 2004. Désigné par le Conseil de ministres suite à une procédure de sélection du SELOR, cet ancien secrétaire général de 11.11.11 devait diriger le Centre pour une durée de 6 ans. Or, les années passent, les polémiques et les critiques se multiplient, et il demeure à la tête du centre pour l’égalité des chances.

Il se peut que ce « retard » soit la conséquence de l’absence prolongée de gouvernement effectif. Désormais, cet argument tombe et la question de sa succession ou de sa reconduction à ce poste est clairement posée.

Cette situation inquiète énormément le rédacteur en chef de Joods Actueel, Michael Freilich. Et ne voyant pas la situation évoluer, ce journaliste anversois a décidé d’ouvrir le débat en annonçant qu’il souhaite présenter sa candidature à la direction du Centre pour l’égalité des chances. « Si j’ai pris cette initiative, c’est essentiellement pour que la question du remplacement de Jozef De Witte à la tête du Centre pour l’égalité des chances soit posée », insiste-il. « Il ne s’agit pas de savoir si je suis le candidat qui doit lui succéder, mais de faire pression pour que le ministre de l’Egalité des chances ouvre le poste et que des candidatures puissent être déposées ».

Il est vrai que depuis un certain temps, les critiques à l’égard de Jozef De Witte et du Centre pour l’égalité des chances se multiplient, notamment de la part de la communauté juive qui lui reproche sa légèreté dans la lutte contre l’antisémitisme. « Il n’y a pas que les organisations juives qui ont des critiques à formuler à son égard. Les Arméniens et même des associations homosexuelles ont exprimé leurs réticences. Et je n’oublie pas non plus le point de vue très sévère publié par le premier directeur du Centre, Johan Leman, dans le Morgen. Sur un nombre considérable de dossiers, Jozef De Witte n’a ni le courage ni la volonté de s’exprimer et d’agir. Cela ne va pas », ajoute Michael Freilich.

L’initiative prise par ce jeune journaliste est saine car elle pose le débat. Néanmoins, il ne doit pas oublier que non seulement il y a une procédure de sélection exigeante à laquelle tout candidat doit se soumettre, mais qu’on ne s’improvise pas directeur d’une institution de lutte contre le racisme et les discriminations. Considérations qu’il semble ne pas négliger puisqu’il est bien conscient qu’il n’est pas le mieux placé pour exercer cette fonction. « Il y a des critères à déterminer, si je ne les remplis pas, il est clair que j’accepterai sans problème de retirer cette candidature », admet-il volontiers.

Dans des milieux très anti-israéliens, cette candidature suscite la réprobation et l’indignation. Sur le site Free Palestine on peut lire que « cela signifierait à coup sûr une régression et une confiscation de la parole pro-palestinienne en Belgique » dans la mesure où Michael Freilich dirige une revue qui « ne fait pas secret ni de son soutien inconditionnel à Israël ni de sa volonté de pénaliser l’antisionisme, qu’elle considère comme une expression de l’antisémitisme ». Cette philippique est signée Souheil Chichah, Nordine Saïdi et Aziz Madrane. Les deux premiers étant de grands défenseurs de la liberté d’expression absolue lorsqu’il s’agit de Dieudonné, et de la censure stricte et du boycott lorsque des historiens sérieux comme Joël Kotek s’expriment. Et tous les trois confondent le soutien à la cause palestinienne avec la haine obsessionnelle d’Israël.

Leur prise de position délirante pose néanmoins une question : l’attachement à Israël serait-il une tare qui disqualifierait d’office tout juif désireux de lutter contre le racisme et les discriminations ? Si la réponse est positive et qu’elle devienne un critère d’exclusion, alors on vit dans un royaume de fous.

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