Un matin si triste

Maman : une trentenaire encore sous le choc

Enfants : un ptit gars de tout juste 8 ans et une blondinette de bientôt 5.

Le ptit gars : « Et sans parents, comment ils vont faire les enfants ? ».

Ce matin, je suis dévastée. La terrible actualité de ce week-end ne cesse de hanter mon esprit. Ce matin, il suffit de repérer les patrouilles de police, pour comprendre où se situent les institutions juives. Quelle tristesse. Et moi, qui était la première à penser cette sécurité non seulement insupportable, mais exagérée. Me voici contrainte à me rendre à l’évidence : un Musée juif protégé n’aurait peut-être pas compté de victimes.

La journée de samedi aurait dû être merveilleuse, la fête des 8 ans du ptit gars aurait pu être parfaite. Elle s’est malheureusement terminée de la plus horrible des façons. En se demandant qui était parmi les victimes ? Quelques heures plus tôt, les enfants de son mouvement de jeunesse juif, en pleine activité, avaient tous été emmenés par la police dans un hôtel, un endroit sûr, pour se mettre à l’abri, l’auteur de la tuerie courant toujours. Si le CCLJ de son côté a choisi de maintenir son concert de samedi, pour ne pas donner raison aux antisémites et montrer que la vie juive continue, le club de foot Maccabi a décidé pour sa part d’annuler les entrainements de la semaine, par solidarité pour les victimes, mais aussi, ont-ils justifié, pour soulager les services de sécurité qui ont fort à faire…

Devant le Palais de Justice hier et devant le Musée juif, la foule était bien présente pour rendre hommage aux quatre morts. Nous tenions à être présents nous aussi, avec notre petite famille. « Ils ont été tués alors qu’ils n’avaient rien fait ? », m’a interrogé le ptit gars, incrédule. « Et sans parents, comment ils vont faire les enfants ? », a-t-il renchéri en apprenant qu’un couple d’Israéliens était parmi les victimes. Retenant mon émotion, je suis parvenue à lui expliquer grossièrement les événements. Sans lui dire qu’ils avaient été tués parce qu’ils étaient juifs. Sans lui dire que les jeunes de son mouvement avaient dû aller se cacher. Sans lui dire que beaucoup de profils Facebook s’étaient transformés, à mon grand regret, en une étoile jaune en tissu. Sans lui dire que le tueur courait toujours. Sans lui avouer que j’avais peur ce matin d’aller travailler.

J’ai toujours refusé de me considérer différente. J’ai toujours préféré la mixité au renfermement, à l’isolement. J’avoue pourtant qu’en me promenant hier au parc de Bruxelles, j’ai ressenti une immense solitude. Celle de toute une communauté peut-être qui se retrouve impuissante face à l’indicible. Et qui sait qu’après les discours de circonstance, tous retourneront à leurs affaires. La vie continue et c’est peut-être le plus dur. Mais c’est aussi essentiel. Pour nous. Pour nos enfants. Pour montrer que ces quatre personnes ne sont pas mortes pour rien. Nous nous battrons demain plus encore qu’hier contre la haine et le rejet de l’autre. Contre ces extrémismes qui ont conduit au pire. 

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