Un mois dans la vie de la colonisation

Quoi qu’il arrive dans le monde ou dans le pays,  le gouvernement Netanyahou poursuit  la colonisation de la Cisjordanie. En toute légalité, bien entendu.

-4 avril :Tsahal évacue 15 colons qui s’étaient installés dans une maison palestinienne à Hébron *. « Non parce qu’ils n’en avaient pas le droit« , explique l’armée, « mais parce qu’ils n’en ont pas demandé l’autorisation« .

Le même jour, le gouvernement publie un appel d’offres pour la construction de 1.121 habitations en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

-18 avril :Précisément à Jérusalem, la police israélienne jette à la rue une famille palestinienne de Beit Hanina, un des quartiers arabes de la Ville Sainte. Les colons s’y sont installés alors que les meubles étaient encore devant la porte.

-19 avril : Est-ce bien légal, tout cela ? Pour la communauté internationale, non. Toutes les colonies sont illégales. Pour le gouvernement israélien, ne le sont que les « colonies sauvages » (dits aussi  « avants postes ») établies sans son aval.

Il en existe plusieurs centaines. Et parmi elles, certaines sont encore plus illégales que les autres, car bâties sur des terres privées palestiniennes. C’est le cas par exemple de Mitzpeh Cramim (près de Ramallah).

L’administration civile du ministère de la Défense y a interdit toute construction depuis 2011. Sans rien faire pour les empêcher.  Vingt nouvelles maisons y ont été inaugurées  e 19 de ce mois.

22 avril : rebelote à Hébron : l’armée évacue les colons d’une autre maison qu’ils occupaient illégalement. Hurlements des représentants des colons : « Le gouvernement utilise des lois racistes et antisémites contre nous ».

Le même jour, mini-crise gouvernementale : les durs menacent de « faire exploser la coalition » parce que le ministre de la Défense Ehoud Barak a décidé de détruire 30 maisons à Ulpana, une autre « colonie sauvage » bâtie, elle aussi, sur des terres privées.

Ils estiment que les « questions sensibles » ne devraient plus relever du seul Ministre de la Défense, mais d’un Comité ministériel.

Mettre la Cour Suprême au pas

-23 avril : Benjamin Netanyahou cède. Il annonce la formation dudit comité, composé… d’Ehoud Barack, de lui-même et du ministre sans portefeuille Benny Begin. Et espère « trouver un moyen légal de ne pas détruire les maisons » d’Ulpana.

Car la légalité soucie fort le Premier ministre : « Nous renforçons les communautés juives en Judée et Samarie et nous renforçons la communauté juive à Hébron, mais il y a un principe qui nous guide. Nous faisons tout conformément à la loi et nous continuerons ».

Ceci étant, B. Netanyahou a tout de même un petit côté Louis XVI, ce Roi qui proclamait : « C’est légal parce que je le veux ». Ainsi, une des premières décisions du nouveau comité a été de légaliser trois avant-postes, Brukhin, Sansana et Reshelim.

Mais tout cela ne règle pas cette manie qu’a la Justice israélienne de vouloir faire appliquer les lois, même si elles déplaisent au gouvernement. N’existe-t-il pas un moyen légal de mettre une bonne fois la Cour Suprême au pas ?

C’est ce qu’essaie de faire voter Yaakov Neeman, ministre…de la Justice. Il a concocté un projet de loi qui permettrait à la Knesset de court-circuiter l’institution judicaire :

La Cour Suprême aurait toujours le droit de rejeter une loi votée par le Parlement si elle l’estimait en contradiction avec les Lois fondamentales de l’Etat. Mais la Knesset pourrait tout de même l’adopter si elle était à nouveau présentée par  65 députés.

65 ? C’est, pure coïncidence, à peu près le nombre de sièges détenus par la majorité actuelle. Du coup, le gouvernement aurait donc enfin la possibilité de faire voter toutes les lois qui lui conviennent.

Et M. Netanyahou pourrait donc scrupuleusement respecter une légalité qu’il aurait lui-même fixée. Reste bien cette « séparation des pouvoirs »** que Locke et Montesquieu considéraient comme un élément essentiel de la démocratie.

Mais dans l’Etat d’Israël que construit le pouvoir actuel, la démocratie se résume à la seule volonté du peuple, telle qu’exprimée par le gouvernement. Des contre-pouvoirs comme l’opposition, la justice ou même la presse sont donc, de facto, anti-démocratiques…

Ainsi la droite israélienne progresse-t-elle, pas à pas, vers le « Grand Israël ». Sans jamais expliquer aux Israéliens comment la paix sera possible quand il n’y aura plus de place pour un Etat palestinien aux côtés d’Israël.

Ni comment l’Etat restera juif avec une population à majorité arabe. Ni de quelle façon la démocratie restera possible avec une population composée de maitres et d’esclaves.

L’important, pour le gouvernement actuel, c’est de s’emparer de la plus grande partie possible de la Cisjordanie. En toute légalité, bien sûr.

 * Hébron est la plus grande ville palestinienne de Cisjordanie. Quelque 190.000 Palestiniens y habitent ainsi que 600 colons retranchés dans un ghetto protégé par plusieurs milliers de soldats israéliens.

** Pour qu’il y ait démocratie, dit Montesquieu, il faut qu’existent trois pouvoirs indépendants les uns des autres : le pouvoir législatif, qui édicte les lois. Le pouvoir exécutif qui les met en œuvre. Et le pouvoir judiciaire qui les contrôle.

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