Un mot pour Yarmouk ?

L’ONU donne de la voix.  Tout comme quelques artistes anglo-saxons (Sting, Annie Lennox, Peter Gabriel, Ken Loach…)  Et une partie des médias. Sinon, c’est dans un silence assourdissant que le monde assiste à  l’agonie du camp palestinien de Yarmouk 

 Mais où sont donc ces amis que la Palestine compte partout sur notre planète ?  Pourquoi ne manifestent-ils pas indignation et compassion envers cette jeune mère dont le bébé malade de 5 mois vient de mourir devant un check-point qui l’a empêchée de se rendre à l’hôpital* ?

Ils étaient pourtant là, fin 2008, lorsqu’une Palestinienne de Cisjordanie avait perdu son bébé parce que le responsable d’un check point israélien  avait refusé de l’autoriser à se rendre dans un hôpital afin d’accoucher.  Et qui n’avait alors soutenu leur légitime fureur devant cette criminelle stupidité ?

Mais aujourd’hui, alors que les soldats de Bachar al-Assad viennent d’agir de la même façon à l’entrée du camp palestinien de Yarmouk, rien, personne. Pourtant,  il y a quoi dénoncer pour les défenseurs de la Palestine comme pour tout être humain d’ailleurs.

Car ce camp, à 8 km de Damas, après avoir été longtemps été un quartier prospère où vivaient 250.000 personnes en majorité palestiniennes n’est plus aujourd’hui qu’un champ de ruines où 20.000 prisonniers meurent de mort lente.

Pourtant, lorsque les premiers troubles éclatent  en mars 2011, la population de Yarmouk parvient à rester neutre durant plus d’un an. Puis les pressions deviennent trop fortes : Yarmouk est une position stratégique que veulent contrôler l’armée comme les rebelles.

Finalement, en février 2012, à l’instigation du Hamas, très influent dans le camp, Yarmouk bascule du côté de l’Armée syrienne libre. Mais deux organisations palestiniennes de moindre importance ; le FPLP-CG  et le FDLP** se rangent du côté du régime.

Le camp devient  un champ de bataille jusqu’en décembre, lorsque dans l’espoir d’en finir, l’aviation syrienne se lance dans des bombardements massifs. La majorité de la population s’enfuit devant ce qu’elle appelle une nouvelle « Nakba » (catastrophe) semblable à celle de 1948-49

Ne restent sur place qu’environ 20.000 personnes, trop faibles ou trop démunies pour fuir et contre qui, depuis  janvier 2013,  le pouvoir syrien applique la même stratégie qu’à Homs et d’autres villes rebelles : assiéger et affamer.

L’armée et les milices palestiniennes mettent en place des barrages aux entrées de Yarmouk tandis que des snipers empêchent tout déplacement.   Très vite, , l’eau devient insalubre, tout manque, médicaments, médecins, électricité et surtout nourriture.

Le kg de riz vaut 50 €, le litre de lait, 100, une cigarette, 40. La famine règne : les gens fouillent les poubelles, les enfants souffrent de rachitisme. Durant le seul mois de janvier 2014,  une centaine de personnes sont mortes de faim.

Les snipers font régler la terreur tout comme les huit groupes armés (4 pro Assad, 4 pour la rébellion) qui contrôlent le camp. Certes, les discussions « de Genève 2 » (février 2014) ont permis aux organisations caritatives de reprendre leurs distributions de nourriture.

Mais, de l’aveu même de l’ONU, il s’agit « d’une goutte d’eau dans l’océan » et le siège du camp ne semble pas près d’être levé. Malgré tout cela, les organisations pro-palestiniennes se taisent dans toutes les langues.

Tout comme les  intellectuels engagés.  Tout au plus, l’Association belgo-palestinienne incite-t-elle à faire un don « qui peut sauver une vie » pour Yarmouk.  Mais sans jamais citer –et encore moins condamner- ceux qui mettent ces vies en péril.

Il est vrai qu’ils peuvent toujours dire que l’Autorité palestinienne elle-même n’en souffle mot. Pas plus que les « pays frères » arabes. Ou, diversion classique, nous suggérer de nous occuper plutôt du siège de Gaza et des exactions israéliennes en général.

Mais le fait est qu’en tant qu’humanistes, juifs et sionistes, nous condamnons ces politiques du gouvernement israélien actuel.  Et que, d’un même élan, nous rejetons l’inhumanité du régime syrien contre les Palestiniens et son propre peuple.  En quoi l’un empêcherait-il l’autre ?

Par contre, le camp « d’en face » ne peut tonner lorsqu’Israël s’en prend aux Palestiniens et faire silence lorsque la Syrie agit de même. Sauf à accréditer l’idée que ces crimes ont une valeur relative selon celui qui les commet…

Une façon de faire qui nuirait considérablement à la cause que les amis de la Palestine entendent défendre. Ils seraient donc bien inspirés de condamner –comme nous-  toutes les exactions commises contre des innocents. Et ce quels qu’en soient  les auteurs.

Au vu des descriptions qui précèdent (et que nul ne conteste), ce ne devrait pas être très difficile pour des gens honnêtes, justes et compatissants.

*http://sara-daniel.blogs.nouvelobs.com/archive/2014/03/16/le-mouroir-de-yarmouk-525557.html

** FPLP-CG :  Front populaire pour la libération de la Palestine-Commandement General.  FDLP :  Front démocratique pour la libération de la Palestine 

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