Un nouveau crime du Mossad

Même si c’est pour défendre l’État juif, les services secrets israéliens ne peuvent pas faire n’importe quoi. Comme, par exemple, agresser sauvagement un Britannique juste parce qu’il est un musulman engagé.

Peu connu hors de son pays, Asghar Boukhari, un Anglais d’origine pakistanaise jouit d’une petite renommée chez lui. D’abord parce qu’il est un des fondateurs du « Conseil musulman des affaires publiques »*, un lobby engagé dans la défense de l’islam.

Mais aussi parce qu’il est l’invité régulier de plusieurs grandes télévisions (BBC, Sky News, etc.) sur les thèmes qui concernent les musulmans. Non qu’il soit très représentatif mais c’est ce que les médias appellent « un bon client » : il s’exprime bien et lâche souvent des petites phrases explosives.

Ainsi, voici comment, en 2006, A. Boukhari a expliqué pourquoi il avait envoyé un chèque de soutien à l’écrivain David Irving, un homme que la justice britannique a condamné en 2000 en le considérant comme un antisémite, un falsificateur et un négationniste.

Aux yeux de Boukhari, l’homme n’avait que le tort d’être antisioniste et tout le reste était des mensonges diffusés par le lobby pro-israélien pour le faire taire. Autre déclaration percutante en mai 2013, à propos de la mort de Lee Rigby.

Ce jeune soldat de 25 ans rentrait –en civil- dans sa caserne à Woolwich (S.-E. de Londres) quand il fut attaqué et égorgé au couteau par deux hommes récemment converti à l’islam.  Mais, pour A Boukhari, ce n’étaient pas eux, les coupables.

La responsabilité du crime incombait d’abord « à la politique étrangère britannique qui vise les musulmans dans le monde »…  De même, début 2015, expliqua-t-il qu’il « comprenait » les motivations des tueurs de Charlie Hebdo car les dessinateurs assassinés étaient des racistes islamophobes.

Tout cela pour dire que l’antipathie entre lui et Israël était aussi forte que réciproque. Raison pour laquelle il mit immédiatement en cause le Mossad après…. comment qualifier ce qui lui est arrivé dans la nuit du 17 au 18 juin ?

Plus qu’une mésaventure, moins qu’un crime… Une agression ? Un harcèlement ?  A. Boukhari a finalement choisi  les termes « manœuvre d’intimidation »  dans le texte qu’il a posté sur Facebook.

Et, au vu des faits, il ne s’est pas trompé. Les voici, tels qu’il les a décrits : « Les sionistes essayent-ils de m’intimider ? Quelqu’un est entré chez moi alors que je dormais. J’ignore comment ils sont entrés, mais ils n’ont pas forcé la serrure ».

« La seule chose qu’ils ont emportée, c’est une chaussure. (Par pudeur sans doute, il n’évoque pas les deux pantoufles qui ont aussi disparu. NDLA). Ils n’en ont pris qu’une pour m’indiquer que quelqu’un était par là… Évidemment, je ne peux rien prouver, ça fait partie du mécanisme d’intimidation. »

« Nous avons votre chaussure. Appelez-moi. »

L’affaire a vite fait le buzz sur les services sociaux, suscitant ironiques, remarques  sarcastiques, photos détournées et pas moins de  deux hashtags délirants  (#ShoeishConspiracy et #MossadStoleMyShoe) sur Twitter. 

Même Arthur Lenk, Son Excellence l’Ambassadeur d’Israël en Afrique du Sud s’est lâché en tweetant : « Nous avons votre chaussure. Appelez-moi. ». Sans doute vexé, Asghar Bukhari a alors retiré son post de Facebook.

Puis, ayant pesé tant la gravité des faits que le poids de ses responsabilités, le défenseur des droits civiques musulmans est revenu, sur YouTube cette fois, avec une vidéo détaillant les raisons de cette accusation, beaucoup moins fantaisiste qu’un vain peuple pouvait le croire.

D’abord, il élimine la thèse d’un habile cambriolage. Pourquoi des voleurs se seraient-ils limités à un aussi butin ? Ensuite, il explique avoir parlé des faits avec chacun des membres de sa famille qui ont tous dénié toute responsabilité.

Qui reste-il dès lors sinon les sionistes ? Une certitude renforcée par le fait que Bukhari se souvient avoir lu un livre qui révélait l’usage de telles méthodes par les Israéliens pour effrayer ou déstabiliser leurs ennemis.

« Ils font irruption chez les gens et déplacent des objets pour intimider les activistes pro- musulmans. Ils l’ont même fait chez des aveugles ! » a-t-il précisé. Et de conclure que si la police ne retrouvait pas rapidement les coupables, il dénoncerait publiquement l’islamophobie du gouvernement.

Même s’il gravite dans des milieux où les théories du complot sont aussi répandues que les scones lors du tea time, il semble évident que cet homme là est -restons courtois-  grave disjoncté. Alors pourquoi ce sentiment de malaise persistant ? 

Confidence personnelle : traitez-moi de mégalomane si vous voulez, mais quiconque lit ce site sait que mes articles horripilent la droite dure juive. En Israël comme en diaspora. Y compris en haut lieu.

Or, il se fait que, depuis un bon moment déjà, je me retrouve régulièrement avec des paires de chaussettes dépareillées après un passage en. Interrogés, ma femme, ma fille, la femme de ménage et même le chien jurent n’être au courant de rien. Alors….

Alors, rien.  J’ai beau ne guère apprécier l’actuel gouvernement israélien, je ne veux pas croire qu’il en soit réduit à de pareilles méthodes pour m’imposer le silence.    

*The Muslim Public Affairs Committee UK est une organisation dont le but principal est de lutter pour les droits civiques des musulmans et contre ce qu’elle estime être leur sous-représentation dans la vie politique

 

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