Dans le clip « Ma voisine » sorti cet été, la similitude physique et vocale est troublante. Jonathan Dassin, le fils ainé de Joseph Ira Dassin, alias Joe Dassin, a choisi le chemin (musical) de papa. Et à l’écoute de son lumineux premier album, on se dit qu’il ne s’est décidément pas trompé de voie… Rencontre avec un jeune homme débordant de talent et d’énergie.
Né en France, le petit fils du cinéaste Jules Dassin a hélas très peu connu son père chanteur légendaire décédé lorsqu’il avait à peine 2 ans, brutalement terrassé par une crise cardiaque dans un restaurant de Papeete en septembre 78.
« Après la mort de papa, j’ai vécu à Los Angeles avec mon frère Julien chez ma grand-mère Béatrice Launer-Dassin qui était violoniste », nous confie Jonathan. « Après, on a regagné la maison familiale qu’avait fait construire mon père à Feucherolles, à l’ouest de Paris ». Leur mère va les élever dans cet environnement préservé. Mais peu après son seizième anniversaire, un nouveau drame vient endeuiller sa vie : sa mère décède bruta-lement. Jonathan et son frère se retrouvent livrés à eux-mêmes jusqu’à leur majorité légale. S’il n’a pas fait sa Bar-Mitzva, Jonathan Dassin possède néanmoins une solide fibre juive.
« Je suis juif parce que mon père était juif », réplique Jonathan, « mais j’ai reçu aussi une autre éducation de la part de ma mère qui était catholique. Ma culture juive m’a été prodiguée par mon grand-père et d’ailleurs, lorsque nous l’avons enterré à Athènes voilà dix ans, c’était selon les règles de la religion juive. Pour mon frère et moi, c’était un moment fondateur. Je suis allé deux fois en Israël et c’est vraiment un pays que j’aime profondément. J’ai adoré Jérusalem, c’est une ville troublante ».
Son arrière-grand-père avait voyagé d’Odessa (Ukraine), où il a embarqué pour New York dans les années 20, et là se trouve d’ailleurs l’origine de son nom de famille. Lorsqu’il est arrivé à Ellis Island, le fonctionnaire de l’immigration a confondu son patronyme avec Odessa, le port de départ, et lui a donné ce nom, Dassin. Plus tard, Jules Dassin a été black-listé, victime du Maccarthysme, et s’est exilé en Europe pour continuer à tourner ses films. Il a rencontré Mélina Mercouri au Festival de Cannes, et il en est tombé éperdument amoureux. Il l’a suivie et s’est installé à Athènes. Le réalisateur de Jamais le dimanche (1960) aurait pu retourner aux Etats-Unis, mais il a tenu à rester en Grèce jusqu’à la fin. C’est pour cela sans doute qu’il est si populaire là-bas.
Le goût de la scène
« Après la mort de notre mère, on a continué nos études », poursuit le chanteur. « Moi, je suis parti en Belgique pour m’inscrire en photographie à l’Ecole Supérieure des Arts Saint Luc de Tournai, un lieu magnifique, aussi immense qu’historique, mais aussi des cours passionnants avec une manière d’enseigner totalement différente de tout ce que j’avais pu connaître en France. J’adore la Belgique. J’aime beaucoup me balader dans les rues de Bruxelles. Je continue d’ailleurs d’y retourner très souvent ».
Mais si Jonathan s’est toujours passionné pour la photo, il savait depuis toujours que son destin le conduirait à être chanteur et musicien. « Déjà lorsque j’étais petit, je chantais sans cesse. A l’âge de 13 ans, je me suis fait un copain. Mon pote jouait de la guitare et moi, je chantais mon texte dessus. Le groupe s’appelait Limelight, on a dû faire une trentaine de concerts. Mais c’était juste un groupe de mômes où l’on s’amusait entre amis. Ainsi, tout au long de mon adolescence, j’ai pu faire quelques concerts par-ci par-là… ça m’a vraiment donné le goût de la scène ».
A 18 ans, juste après Saint Luc de Tournai, il part vivre un an à Tahiti. A son retour, il rejoint le groupe World Nassara avec lequel il « assure » les premières parties de Manu Di Bango et des Wailers avant de se décider à voler de ses propres ailes musicales.
« J’ai quitté le groupe pour faire mes propres chansons. J’ai commencé à travailler avec ma tante Rickie. Elle a composé avec mon père “Salut les amoureux” ou “Mon village au bout du monde” ». Sa tante, la sœur de Joe Dassin, cosigne d’ailleurs certains titres de ce tout premier album multicolore aux mélodies pop et soul entêtantes, où sa voix évoque avec beaucoup d’émotion celle de son père.
Jonathan Dassin a aujourd’hui 34 ans et il est père d’une petite Jana de 3 ans et demi. « Ma compagne est marocaine et en arabe, ce nom signifie “paradis”. Mais en hébreu, c’est “la grâce de Dieu”. Donc dans chacune de nos cultures, son prénom a une belle signification. Et moi, je suis fier de perpétuer cette tradition familiale qui consiste à commencer nos prénoms par un “J” ! ».
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