Un Président donneur pour l’ECJC

On connaît peu le Conseil européen des communautés juives (ECJC) et c’est bien dommage : il fédère 83 communautés et ONG juives dans pas moins de 43 pays et est des plus actif dans les domaines de l’éducation, la culture ou la projection sociale. Soutenu par le Joint*, il n’a jamais manqué de moyens financiers. Et il en aura encore davantage depuis qu’une coalition de Juifs de l’Est et d’Israéliens de droite s’en est emparée.

 
C’est beau comme le « Coup de Prague » de 1948 qui permit aux communistes de prendre le pouvoir en Tchécoslovaquie : le 23 octobre 2010, le Comité d’Administration de l’ECJC se réunit à Berlin. Une réunion de routine pour discuter des activités en cours. Sauf qu’à la sortie, les membres du CA apprennent qu’ils ont un nouveau Président. Bien qu’ils n’aient pas été consultés ni, a fortiori, invités à voter en sa faveur, ils auront désormais l’honneur et le plaisir d’être dirigés par le milliardaire ukrainien Igor Kolomoisky. Un vrai coup d’Etat. Que s’est-il passé ? 
 
Rapide flash-back : l’ECJC a été fondé en 1968 grâce à des soutiens financiers européens et américains, notamment le Joint. Ses activités se sont toujours focalisées sur les questions sociales et culturelles purement européennes. Par exemple, il a beaucoup aidé les communautés juives de l’ex-URSS, lutté contre l’antisémitisme, promu le patrimoine juif, etc.
 
Certes, l’organisation était sioniste, mais Israël n’était pas au centre ni de ses préoccupations ni de ses activités. Mais ces dernières années, le monde a beaucoup changé : les Juifs de Russie (et d’Europe de l’Est en général) ne sont plus les assistés d’antan. Au contraire, nombre d’entre eux se sont enrichis -parfois énormément, parfois de façon… extra-légale, disons- et ce sont eux, à présent qui dispensent leurs libéralités. Leur poids financier s’est encore accru avec la dernière crise économique qui a durement atteint les donateurs américains. Sans parler des facéties de Bernard Madoff.
 
« Un putsch nécessaire ? »
 
Les Juifs de l’Est s’estimaient donc sous-représentés dans l’ ECJC dominé par des dirigeants de la «vieille Europe », comme disait ce bon Donald Rumsfeld. Ils trouvaient aussi l’organisation sous -ou mal- utilisée. Pas assez engagée contre l’antisémitisme, insuffisamment attachée aux traditions religieuses, trop tiède par rapport à Israël.
 
Voilà qui tombait bien : il y a précisément au pouvoir dans l’Etat juif des partis qui pensent exactement de même, tel  « Israël Beiteinou » dont les électeurs sont tous russophones. C’est ainsi que se forma la coalition qui a mené « Un putsch nécessaire ? », selon le titre du très à droite Jerusalem Post (7/11/10), en l’accompagnant d’un point d’interrogation des plus symboliques.
 
Se présentèrent donc A la réunion de Berlin, il y avait donc des personnalités israéliennes comme le Grand Rabbin ashkénaze Yona Metzger ou le ministre de l’Education Gideon Saar, ainsi que plusieurs oligarques juifs : le magnat kazakh Alexander Machkevich, l’Ukrainien (et président du Congrès juif de son pays) Vadim Rabinovich et le futur bénéficiaire du «coup », Igor Kolomoisky, milliardaire et grand bienfaiteur des Juifs de sa ville natale de Dniepropetrovsk.
 
Tous ces braves gens centrèrent la réunion sur la nécessité de soutenir le gouvernement israélien, de contrer le programme nucléaire iranien et de réveiller les Juifs européens. Pour Vadim Rabinovitch, par exemple : « Il ne suffit pas d’être un bon Juif, il faut aussi être un Juif fort » et  « mener une guerre contre l’antisémitisme » en levant « une armée d’avocats pour poursuivre les contrevenants ». Et, dans la foulée, ils proclamèrent Kolomoisky « élu » comme Président.
 
Si certains membres (d’Europe de l’Ouest) du CA ont d’ores et déjà démissionné, d’autres hésitent encore. Dame : « Avec Kolomoisky à bord, nous aurons les moyens financiers pour nos initiatives ». On ne saurait mieux dire.   
*) : American Jewish Joint Distribution Committee
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