Un requiem interculturel

Le Brussels Requiem d’Howard Moody a été présenté les 19 et 21 novembre 2010 au Théâtre Royal de la Monnaie. Cette production artistique est la concrétisation d’un projet pédagogique et interculturel impliquant des enfants de six écoles bruxelloises, dont Beth Aviv.

Depuis son entrée en fonction à la direction du Théâtre Royal de la Monnaie, Peter de Caluwe souhaitait associer au concert annuel de requiem un projet artistique et éducatif intégrant des enfants issus de milieux sociaux, culturels et religieux différents. Interprété à l’occasion de funérailles, le requiem pose nécessairement la question de la mort. Cette idée ne paraît-elle pas trop lourde pour être abordée avec des enfants de 10-12 ans ? « La confrontation avec la mort est un thème universel », répond Anne-Sophie Noël, responsable du développement culturel de la Monnaie et de ce projet intitulé Community Project for children. « La mort fait partie des questions qu’ils se posent. Bien qu’ils aient pris du temps à s’approprier cette problématique, nous avons constaté qu’ils l’abordent souvent d’une manière plus créative que les adultes », ajoute-t-elle.
Six écoles primaires -trois flamandes et trois francophones- de Bruxelles se lancent dans le projet dès la rentrée 2009.
Répondant aux exigences de mixité sociale, des écoles au profil différent y sont impliquées. Ecole à pédagogie active, Beth Aviv fait partie de l’aventure. « 
En travaillant avec des enfants de cultures et de milieux différents, nous nous sommes efforcés de questionner la multiculturalité de Bruxelles », insiste Anne-Sophie Noël. Les six écoles ont chacune travaillé de leur côté sur les différentes thématiques d’un requiem. Sans chercher à les connoter d’une religion ou d’une culture particulière, les collaborateurs pédagogiques du développement culturel de la Monnaie ont aidé les élèves à écrire un texte qu’ils ont mis en musique avec six musiciens de l’orchestre symphonique de la Monnaie. Yves Cortvrint, qui y tient la place d’alto solo, a travaillé avec les élèves de Beth Aviv. « La qualité de la relation que j’ai pu nouer avec ces enfants était exceptionnelle », souligne-t-il. « Ils ont fait preuve d’une grande maturité face à la problématique du requiem, en cernant bien les différentes étapes du processus de deuil ». Devenus « parrains » des écoles, ces musiciens ont patiemment accompagné les enfants pendant toute la première phase du projet. Celle-ci s’est terminée en novembre 2009 par une représentation de leur travail.  
Pour composer le requiem, le compositeur britannique Howard Moody a observé les 300 enfants des écoles impliquées dans le projet et s’est nourri des textes qu’ils ont écrits. En février 2010, il présente finalement à la direction de la Monnaie un requiem reflétant le brassage multiculturel bruxellois : The Brussels Requiem. La chorégraphie imaginée par Ella Baumann permet aux enfants de bien capter le rythme de la musique, ce qui n’était pas gagné d’avance.  
Bel exemple de « vivre-ensemble »
Pendant trois mois, à concurrence de huit heures par semaine, les enfants ont suivi des séances de chant et de chorégraphie avec les collaborateurs du Théâtre. Le défi est de taille : « La chorégraphie s’appuie sur la mixité du projet. Sur scène, les enfants se mêlent les uns aux autres. Quelques coups de coude ont été échangés lors des répétitions, mais tout a été réglé par les enseignants. Ils ont apporté une réponse concertée à ces problèmes », explique Anne-Sophie Noël.
Le résultat est surprenant : un véritable spectacle digne de la programmation de la Monnaie. « Ils ont fait preuve d’une grande rigueur artistique. Affectivement, la pression était énorme, car la démarche adoptée était professionnelle. Cela n’avait rien à voir avec un spectacle de fancy-fair d’école », assure Yves Cortvrint. Accompagnés par l’Orchestre du Conservatoire royal de Bruxelles et les six musiciens « parrains » de l’Orchestre symphonique de la Monnaie, les 300 enfants se sont produits aux côtés de la soprano belge Anne-Catherine Gillet et de la basse italienne Giovanni Battista Parodi.
Une production saluée par la critique, mais surtout une expérience interculturelle unique à travers laquelle des enfants issus de milieux socioculturels différents ont pu se rencontrer et partager les mêmes émotions artistiques. Un bel exemple de « vivre-ensemble » qui aura malheureusement échappé aux très religieuses Assises de l’interculturalité.
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