Un rêve

Cette histoire commence comme une blague. Une nuit, Sigmund fit un drôle de rêve. Une personne lui avait emprunté de l’argent, mais il ne se rappelait plus de qui il s’agissait. Le lendemain, il raconta ce rêve à son voisin.

«Ce n’est pas à moi », affirma celui-ci.

« Oh, je ne m’inquiète pas », le rassura Sigmund. « Je sais que tume les aurais rendus dans un autre rêve ».*

Le lendemain, alors qu’il dormait profondément, il se réveilla en sursaut.

« Qu’y a-t-il ? », lui demanda sa femme Sarah.

« J’ai rêvé que tu me quittais pour un autre homme ».

« Mais non, c’était dans ton rêve, mon chéri ».

La nuit, il rêvait, mais la journée, Sigmund vendait des oranges.Toute la journée, il était assis devant son étal dont les oranges, posées les unes sur les autres, formaient une pyramide.

Un jour, une magnifique voiture s’arrêta devant son échoppe. Un homme en descendit, bien sapé de la tête aux pieds, et les cheveux brillant au soleil comme sa voiture.

Sans crier gare, il choisit une orange tout en bas de la pyramideet la voilà qui s’effondra. Sigmund était tellement en colère qu’il n’arriva pas à articuler un seul mot et, voyant ses oranges dévaler la rue, il se mit à courir derrière elles.

 Tout à coup, il se retourna et n’en crut pas ses yeux. Sa femme,sa Sarah, était maintenant au bras de l’inconnu et monta avec lui dans sa belle voiture qui démarra en trombe. Avec l’homme qui lui avait volé l’orange !

Sigmund n’eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivaitqu’un éclair suivi du tonnerre éblouit le ciel. Sous la pluie battante, il courut chez lui et là, comme si cela ne suffisait pas, il découvrit que sa maison avait été pulvérisée par la foudre.

Pauvre Sigmund. Il n’avait maintenant plus de toit, plus d’oranges et plus de femme.La vie devait pourtant continuer. Comme il ne savait pas faire grand-chose à part vendre des oranges et qu’il fallait bien qu’il gagne sa vie, il se rendit tous les matins sur le pont qui enjambe le fleuve pour y raconter des histoires aux passants, en espérant quelque monnaie. Et comme il n’avait plus de toit, il dormait sous le même pont.

Une nuit, il fit un rêve étrange. Un poisson qui ressemblait à une truite sortit la tête de l’eau et lui cria : « Réveille-toi, Sigmund.Si tu cherches bien, sous ce pont, tu trouveras un trésor ».Et c’est ce qu’il fit. Il se mit à creuser, mais ne trouva rien.

Mais la nuit suivante, au moment où il sombrait dans le sommeil, il se releva d’un coup. Comment n’y avait-il pas pensé ? Il se mit à creuser sous sa couche. Et là, tenez-vous bien, il le trouva, le trésor. Quelle joie inespérée ! Enfin, il pourrait se reconstruire une nouvelle maison. Bientôt, il rencontrerait aussi une nouvelle compagne et ouvrirait un supermarché.Sigmund nagerait de nouveau dans le bonheur. Et c’est exactement ce qui se passa.

Un jour, il entendit sonner à la porte.Quelle surprise ! C’était un ami, perdu de vue et qui habitait à présent à l’étranger. Celui-ci sortit une enveloppe de sa poche.

« Est-ce que tu te rappelles que tu m’avais prêté il y a quelques années une grosse somme d’argent ? », lui demanda-t-il.

C’est alors que le rêve que Sigmund avait fait un jour lui revint à la mémoire.

« Ah ! C’était donc toi ! »

* Le récit de ce rêve est de l’acteur français Daniel Kenigsberg

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