Un Rosh Hashana aux saveurs d’Alep

Le 24 septembre 2014, au soir, les Juifs fêteront Rosh Hashana, la nouvelle année, avec ses douceurs culinaires. Pour oublier un moment l’amertume des derniers événements, là-bas, et ici en Europe, plus particulièrement à Bruxelles.

A Rosh Hashana, Sarah concoctera pour ses enfants et petits-enfants, un repas avec des saveurs moyen-orientales, comme autant de souvenirs.

Sarah est née à Alep, en Syrie. En 1948, âgée de 8 ans, elle est contrainte avec sa famille de quitter le pays, pour s’installer à Beyrouth. Sa mère lui enseigne des recettes, « pas dans les livres, mais sur le tas », des recettes locales, mais avec une spécificité juive en plus : le respect de la casherout.

Elle s’installe enfin à Bruxelles, avec sa pluie et la promesse d’une vie meilleure. Elle a aussi emporté avec elle ses recettes d’Alep et de Beyrouth (« la même chose ») dans le Saint des Saints. « Sa » cuisine, même si elle découvre aussi les joies du poulet/frites local.

Pour illustrer sa table de Rosh Hashana, elle désigne de ses belles mains des plats invisibles sur la table. « Ici, la pomme et le miel. Pour l’occasion, on aura remplacé le sel de la salière par du sucre. Et c’est dans le sucre, que l’on trempera la Hala (le pain tressé). Après la prière du kiddouch, on dira des bénédictions sur la grenade (elle montre du doigt), les loubiya (haricots), les dates, les figues, la confiture de courge (spécialité de la maison), et là-bas, la cervelle, qu’est-ce que je dis… non, non, plus maintenant à cause de la vache folle, la tête de poisson. Et puis, là, des omelettes aux poireaux et des blettes avec de la viande… ».

Dans la tradition culinaire juive, les aliments sur la table de fête n’agrémentent pas seulement notre palais, mais sont aussi porteurs de sens. Le mot hébreu Ta’am signifie le goût, mais également le sens (sens de la vie, d’une action). Il est accessoirement la note qui indique l’inflexion de la voix à la lecture chantée de la Torah.

Quel est donc le sens caché de ces aliments ? « La pomme et le miel, pour que l’année nous soit douce; les petits haricots et les grains de grenade, pour que nos bonnes actions soient aussi nombreuses; la cervelle/tête de poisson, pour que nous soyons à la tête et non à la queue; la confiture de courge que je prépare, parce que c’est sucré (on ne le répétera plus); les figues et les dates, parce que ce sont les premiers fruits de cette saison. Quant à l’omelette aux poireaux et les blettes à la viande (et voilà que tout fait sens) : la bénédiction (ancestrale) sur les poireaux est “(…) She YiKaRTou oyvenou”, “Que nos ennemis soient éliminés” ». Pourquoi un poireau ? « Parce que », m’explique Sarah, « la racine de YiKaRTou est KRT, d’où est dérivé le mot KaRTi, poireau en hébreu ancien. Cherchez le lien ». Et de renchérir avec la bénédiction sur les blettes : « … Que D. Eloigne de nous ceux qui nous veulent du mal ».

A Rosh Hashana, on mangera donc ces délicieuses omelettes aux poireaux et ces blettes, sans oublier de tremper, dans un esprit de pacification, la pomme dans le miel pour que l’année soit douce. Non seulement pour les Juifs, mais pour le monde entier.

Shana tova, bonne année. Qu’elle vous soit douce au palais et dans vos foyers. 

 

Omelette aux poireaux

(6 personnes)

Ingrédients

– 1/2 kg de poireaux en fines lamelles

– 6 œufs

– huile d’olive

– une poignée de persil ciselé

– sel

– poivre

Faire revenir dans une poêle les poireaux jusqu’à ce qu’ils deviennent légèrement tendres. Réserver.

Casser les œufs dans un bol. Les battre. Ajouter les poireaux, le persil, le sel et le poivre. Mélanger.

Répartir le mélange dans la poêle en 6 petites omelettes.

Retourner et cuire sur l’autre face.

Servir. Beteavon !

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