Fluide, prenant, le « remake » du film Un sac de billes ressemble à s’y méprendre à l’original. Homologuée par Joseph Joffo, aujourd’hui âgé de 85 ans, cette nouvelle version reflète une certaine actualité et met en garde pour demain.
Avec, pour les ainés, une impression de « déjà lu et vu », Un sac de billes version 2017 sera l’occasion, pour les plus jeunes, de découvrir le récit autobiographique de Joseph Joffo. Jo, qui avec son frère aîné Maurice, traverse la France hostile et antisémite en 1942 pour rejoindre ses deux frères ainés et leurs parents à Nice, en Zone libre. Livrés à eux-mêmes, l’auteur, alors âgé de 10 ans, raconte leurs péripéties, rencontres, chances et frayeurs jusqu’à la Libération.
Le réalisateur canadien Christian Dugay réinterprète ce classique, abordant la Seconde Guerre mondiale par le prisme des enfants et renforçant le rôle du père, figure centrale de son œuvre. « C’est un référent, un homme bon, forcément tourmenté parce qu’il a un coup d’avance sur les autres », explique Patrick Bruel, reconnaissant d’avoir pu porter ce personnage à l’écran. « Il pressent ce qui va se produire et il a déjà surmonté des épreuves terribles : sa fuite à lui pendant les pogroms. Il a une réactivité peu commune, mais indispensable dans ces moments-là. Il a fallu énormément d’amour, de confiance et cette relation extraordinaire avec ses enfants pour qu’il puisse les guider à distance. Il les envoie vers la vie : il leur donne les clés pour se sauver. Ça passe par une épreuve très douloureuse et donc par cette scène des claques, très forte et très puissante à jouer. Ou encore, quand il est en voiture avec eux, il a compris que c’est fini pour lui, mais il tient à accompagner ses enfants jusqu’au bout ».
Aux côtés d’Elsa Zylberstein, mère aimante, les enfants, Dorian Le Clech en particulier, illuminent l’écran, Kev Adams fait une apparition remarquable en jeune Résistant et Bernard Campan incarne avec justesse tous les dangers de la France nationaliste, raciste et antisémite.
Transmission
Même histoire donc, nouveaux comédiens, images, montage, musique : bref, du neuf avec de l’ancien. Pourquoi, quarante ans après l’adaptation convaincante de Jacques Doillon, re-tourner Un sac de billes ? Plagiat, manque de créativité, business, revisite opportune du récit ? En posant la question, une réponse, à la vision, s’ébauche hélas d’elle-même. Si le film de 1975 relatait un passé révolu, celui de 2017 résonne étrangement dans les contextes actuels. Réalisateur et acteurs abondent dans ce sens : « L’histoire est si forte, mais surtout si malheureusement universelle qu’il est impossible de ne pas y voir l’actualité, la souffrance, et oui, parfois les moments de bonheur des populations en déplacement aujourd’hui dans le monde », défend Christian Dugay. Propos relayé par Elsa Zylberstein, dont le père allait se faire coiffer dans le salon Joffo à Paris : « Compte-tenu des événements qui se produisent en France aujourd’hui, c’est important de faire des films qui ont une dimension universelle et qui traversent les époques. Le cinéma permet de transmettre, de dénoncer, et de dire ce qu’à l’école ou dans les familles, on ne dit plus. Je pense qu’Un sac de billes est un beau film populaire dans le bon sens du terme, comme le sont les grands films de Claude Berri, tels que Jean de Florette. Le sens du romanesque peut aider à toucher le public et à intéresser les plus jeunes ».
Quant à Patrick Bruel, il se souvient avoir lu le livre et vu le premier film parce que sa mère y tenait beaucoup, tout comme lui pour ses enfants et tous les autres enfants : « Il faut que les jeunes générations connaissent ce pan de notre histoire pour comprendre que ça peut se reproduire » insiste-t-il. Enfin, Batyste Fleurial, qui interprète Maurice, confie que si la Shoah s’étudie à l’école, l’histoire reste abstraite. Pour lui, le film permet de réaliser ce que les Juifs ont vécu et subi : familles séparées, tortures, fusillades des Résistants, enfants cachés, peur de se faire prendre et de mourir… « Si j’encourage mes amis à le voir, c’est pour qu’ils se rendent compte de l’horreur de cette guerre. C’est difficile de pousser les jeunes à aller voir le film. Les ados pensent souvent que c’est de l’histoire ancienne et ils s’en foutent pas mal. Mais c’est important d’y être sensible », conclut-il. Et donc voilà. Parce qu’il est plus probable que les jeunes s’intéressent à Patrick Bruel, Elsa Zylberstein et à la frimousse angélique du petit Dorian Le Clech plutôt qu’à un classique de quarante ans, ce film éprouvant a une et plusieurs raisons d’être. Parents, élèves, enseignants, suivez cet astérisque*.
* L’intégralité du dossier pédagogique est téléchargeable et disponible sur le site www.unsacdebilles-lefilm.com
réalisation de Christian Duguay
d’après le roman éponyme de Joseph Joffo
Avec Dorian Le Clech, Batyste Fleurial, Patrick Bruel, Elsa Zylberstein, Bernard Campan, Christian Clavier, Kev Adams.
V.O. FR sst NL – Durée : 1h50 min
Sortie en Belgique le 25 janvier 2017
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