De toutes les mauvaises nouvelles qui parviennent d’Israël ces derniers temps, la plus effrayante et la plus triste est sans doute celle-ci : une majorité d’Israéliens cherche à acquérir une seconde nationalité « à tout hasard… ». Un camouflet brutal pour la droite israélienne.
Ce sont deux études du Centre « Menahem Begin Heritage », où, à priori, les traîtres gauchistes ne doivent pas abonder, qui l’affirment : en 2008, « 59% des Israéliens se sont adressés ou avaient l’intention de s’adresser à une ambassade étrangère pour postuler à la citoyenneté et obtenir un passeport ou pour se renseigner à ce sujet ».
En 2010, le chiffre est passé à 69%. Plus d’un million d’Israéliens possèdent déjà le précieux sésame, dont 500.000 celui des Etats-Unis. Un processus que, curieusement, l’AIPAC, le puissant lobby juif pro-israélien, semble soutenir.
Il assure qu’en cas de besoin, le gouvernement américain accordera rapidement des passeports à tout Israélien qui le demandera. Autre terrible ironie de l’histoire : 100.000 Israéliens ont demandé -et obtenu- un passeport… allemand.
Tout cela ne signifie évidemment pas qu’Israël va se vider sous peu de ses habitants. Il y a toujours eu nombre de « déçus du sionisme », avant et après la création de l’Etat. Et les plus anciens se souviennent peut-être d’une plaisanterie qui courrait au milieu des années 60 : « Le dernier à quitter le pays est prié d’éteindre la lumière »…
Reste que la démarche, même théorique, est significative. Car quelles sont les raisons invoquées par les Israéliens pour en venir là ? La première est, bien sûr, existentielle : le pays est entouré d’ennemis proches ou lointains, avec des menaces qui vont des attentats terroristes à la bombe atomique en passant par des pluies de missiles.
Une situation que les gouvernements de droite se sont révélés incapables de modifier… quand ils ne l’ont pas aggravée. A quoi s’ajoute leur instrumentalisation de ces mêmes peurs pour conserver un consensus autour de leur politique.
Autre raison : la crainte qu’inspirent les colons de Cisjordanie. Beaucoup craignent, soit qu’ils déclenchent une guerre civile, soit qu’ils transforment tout Israël en un Etat qui leur ressemble : théocratique et fascisant. L’un n’empêchant pas l’autre, au demeurant.
Nombre de ceux qui cherchent à acquérir une seconde nationalité considèrent aussi que le sionisme originel a été dévoyé et s’est éloigné des « valeurs juives ». Un sentiment très répandu chez, par exemple, le million de Juifs venus de Russie dans les années 90 et dont 200.000 seraient déjà repartis…
La droite a autant échoué à l’intérieur qu’à l’extérieur
A tout cela s’ajoute un manque généralisé de considération et de confiance pour les dirigeants actuels, vus comme incompétents et corrompus. Si elle n’était pas aveugle à tout ce qui n’est pas ses certitudes, le constat serait terrible pour la droite : sa politique, et au-delà, son idéologie, ont autant échoué à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Ses excès nationalistes et religieux ont divisé le peuple d’Israël comme jamais, affaibli sa croyance en la justesse de sa cause, sapé sa confiance en l’avenir. Le seul point positif de la présence de la droite au pouvoir est d’accélérer la prise de conscience des Israéliens de l’impasse où elle a mené le pays.
Il est plus que temps pour les Israéliens d’en revenir aux fondamentaux du sionisme : obtenir un Etat-refuge, si réduit soit-il, où les Juifs puissent vivre dans la paix et la sécurité. A ce moment-là, ils n’auront plus besoin d’un autre passeport que le leur. Et aucune raison de l’utiliser.
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