Un square Stéphane Hessel à l’ULB

A l’initiative de l’Union des anciens étudiants (UAE) de l’Université libre de Bruxelles (ULB), les autorités de cette université ont inauguré lundi 19 mai 2014 un square Stéphane Hessel. Cette initiative a relancé les polémiques concernant cet ancien résistant et diplomate au service des droits de l’Homme.

Dans une interview du mois de janvier 2011, Stéphane Hessel a comparé les occupations allemandes et israéliennes suscitant de nombreuses réactions indignées : « Aujourd’hui nous pouvons constater ceci : la souplesse de la politique d’occupation allemande permettait, à la fin de la guerre encore, une politique culturelle d’ouverture. Si je peux oser une comparaison audacieuse sur un sujet qui me touche, j’affirme ceci : l’occupation allemande était, si on la compare par exemple avec l’occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive, abstraction faite d’éléments d’exception comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol d’œuvres d’art. Tout cela était terrible. Mais il s’agissait d’une politique d’occupation qui voulait agir positivement et de ce fait nous rendait à nous, résistants, le travail si difficile ».

Ces propos sont inacceptables. Cette comparaison vaseuse, à la limite du négationnisme, ne fait que banaliser le nazisme, et… nazifier Israël. C’est la raison pour laquelle ce propos de Stéphane Hessel doit embarrasser l’honnête homme.

Mais ces propos disqualifieraient-ils à jamais l’ensemble des engagements humanistes pris par Stéphane Hessel ? Faut-il, comme certains se plaisent à le faire aujourd’hui, le ranger dans la catégorie des Jean-Marie Le Pen ou des antisémites de la mouvance Dieudonné ?

S’il convient de condamner ces propos en rappelant que les combats qu’il a menés et les valeurs qu’il a portées tout au long de sa vie l’obligeaient à ne pas dire n’importe quoi, il ne faut pas pour autant oublier que Stéphane Hessel, résistant et déporté à Buchenwald, a consacré sa vie à défendre les droits de l’homme, que ce soit au service de la France libre, la République et des Nations Unies. Et c’est précisément cette vie exemplaire faite d’engagements que l’ULB a voulu célébrer.

Tout cela ne nous empêche pas de reconnaître que la manière dont il concevait son engagement en faveur de la cause palestinienne ne suscitait pas notre adhésion ainsi que celle de nombreux militants juifs de la paix attachés à Israël. « J’ai de l’amitié et du respect pour Stéphane Hessel, mais l’honnêteté me conduit à exprimer un désaccord fondamental », avait déclaré dans les colonnes de Regards (Le phénomène Hessel) François Zimeray, ancien ambassadeur pour les Droits de l’Homme, ambassadeur de France au Danemark et soutien actif à l’initiative de paix israélo-palestinienne de Sari Nusseibeh et Ami Ayalon. « On ne peut pas se revendiquer de l’universalité des droits de l’homme et considérer qu’il n’y a sur cette terre qu’un lieu de souffrance, Gaza, et qu’un coupable, Israël. C’est une offense à la vérité, mais aussi à toutes les victimes dont on ne parle pas, coincées dans l’angle mort de l’opinion publique. Cela me paraît radicalement contraire au regard exigeant et panoramique de René Cassin, dont Stéphane Hessel se revendique ».

C’est également sur son engagement en faveur de la cause palestinienne que certains intellectuels n’étaient pas prêts à le suivre. « Il aborde la problématique israélienne au mépris de toute complexité », regrette le philosophe Alain Finkielkraut, signataire de l’appel J Call. « Je ne lui demande pas d’être pro-israélien ou sioniste, mais on est en droit d’attendre d’un homme à la carrière aussi longue que prestigieuse de tenir compte de tous les aspects du conflit israélo-palestinien. Or, il ne cesse de présenter Israël comme un oppresseur féroce et les Palestiniens comme des opprimés totalement innocents ».

Lors des obsèques de Stéphane Hessel aux Invalides le 7 mars 2013, le Président de la République François Hollande a très justement rappelé cette facette de Stéphane Hessel tout en prenant soin de préciser qu’elle lui posait aussi problème : « Il pouvait aussi, porté par une cause légitime comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage ».

Ce point de désaccord n’a pas empêché le Président français de rendre un très bel hommage à Stéphane Hessel. Cela n’a pas fait de François Hollande un antisémite ni un antisioniste obsédé par la destruction d’Israël.

« Nous sommes réunis, rassemblés, autour d’un homme qui fut une conscience, un grand Français, un Juste. Stéphane Hessel était un homme libre, libre de ses choix, libre de ses engagements, libre de sa parole, libre de sa vie. La liberté, c’était sa passion, son idéal ». a souligné François Hollande dans son discours aux Invalides. Et d’ajouter ensuite : « Liberté, liberté ! Il ne cessa jamais de l’exercer. D’abord par son action, mais aussi par sa plume. Auteur de nombreux ouvrages tout au long de sa vie, parfois austères, parfois confidentiels, c’est par une brochure qu’il connût la célébrité, bien au-delà de nos frontières. A un âge exceptionnel, à plus de 90 ans, il a inspiré la jeunesse d’Europe et même au-delà, suscita des mouvements dont il n’avait jamais imaginé l’ampleur, quand il lança à la face des fatalistes, des résignés, des frileux, son slogan « Indignez-vous ! » Son appel n’était pas une invitation à la révolte, mais à la lucidité. « La pire des attitudes » disait-il, « c’est l’indifférence, l’indifférence de ceux qui disent je n’y peux rien et je me débrouille. » Son indignation n’était pas une morale de l’impuissance. Elle était et demeure une exigence d’action et une invitation puissante à l’engagement ».

L’hommage que lui a rendu l’ULB s’inscrit dans le même état d’esprit que celui rendu par les plus hautes autorités françaises. Il suffit de lire les mots gravés sur la stèle pour s’en convaincre. 

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