L’affaire relayée par Jewpop avait fait grand bruit à la mi-octobre. Elle prend une nouvelle tournure depuis que le Parquet de Paris a annoncé il y a quelques jours avoir ouvert une enquête concernant des tweets antisémites. L’acharnement de l’UEJF après la condamnation du hashtag #UnBonJuif aura-t-il porté ses fruits ? Les limites de la liberté d’expression restent au centre du débat.
Il y a peu, nous évoquions ce qui faisait le buzz sur Twitter, avec cette « blague » lancée par un groupe de copains français, qui avait rapidement dégénéré en un déferlement de propos antisémites, allant jusqu’à y attacher des photos de camps de concentration. L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) s’était indignée en réclamant à Twitter France le retrait des tweets litigieux et l’identité des auteurs. Comme l’UEJF, SOS Racisme avait annoncé qu’il déposerait plainte. Une protestation officielle que nombre d’internautes n’avaient pas manqué de critiquer, dénonçant « un deux poids deux mesures » et une censure partiale, n’affectant pas de la même façon des positions jugées islamophobes.
Ceux qui souriaient en considérant l’UEJF un peu naïve de croire qu’elle pouvait avoir gain de cause auront sans doute été surpris de voir qu’un mois et demi plus tard, non seulement Twitter France avait bloqué l’accès à une soixantaine de tweets et aurait suspendu plusieurs comptes, mais qu’en plus le Parquet de Paris a ouvert une enquête suite à la plainte déposée le 23 octobre par le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), pour « provocation publique à la discrimination, à la haine ou la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe en raison de son origine ou son appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion ». Un délit passible d’un an de prison. L’enquête porterait sur le tweet “Un bon juif est un juif mort », selon l’AFP.
Un cas similaire, rapporté par Le Nouvel Obs, indiquait que Twitter avait bloqué il y a quelques mois le compte d’un groupe néo-nazi en Allemagne. Twitter s’était alors dit prêt à bloquer « certains contenus » dans un pays donné, à condition que la demande émane « d’autorités compétentes » et qu’elles soient « bien ciblées ». Preuve que les réseaux sociaux devront de plus en plus devoir se plier aux législations locales.
L’UEJF a, quant à elle, assigné Twitter en justice le 27 novembre pour contraindre l’entreprise américaine à lui communiquer les informations personnelles relatives aux auteurs des messages en question. Des données nécessaires pour engager d’éventuelles poursuites contre ces personnes. Il s’agit de « lutter contre le sentiment d’impunité » sur Twitter, qui n’est « pas une zone de non-droit et ne peut se comporter comme telle », a déclaré le président de l’Union des étudiants juifs de France, Jonathan Hayoun. L’association étudiante veut également contraindre Twitter « à mettre en place un système de signalement suffisamment efficace » des contenus illicites et demande que l’exécution de ces injonctions soit assortie d’une astreinte de 10.000 euros par jour de retard par infraction constatée. Une audience en référé devant le tribunal de grande instance de Paris a été fixée au 8 janvier.
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