Peintre et illustratrice, Colette Bitker vient de publier Une chemise blanche dans le Vercors (éd. Michel de Maule), un beau récit dans lequel elle revient sur un épisode très précis de son enfance sous l’occupation allemande en France.
En 1940, les Bitker, une famille juive parisienne, se retrouve à Grenoble après avoir erré comme nombre de leurs compatriotes sur les routes de France. Les Bitker restent en zone libre pour que le frère aîné de Colette Bitker (11 ans en 1940) puisse poursuivre ses études de médecine. Lorsque les Allemands prennent le contrôle des territoires français occupés par les Italiens (dont Grenoble fait partie) en septembre 1943, la traque aux Juifs commence à Grenoble. C’est ainsi que des Grenoblois très gentils ont prêté à la famille de Colette Bitker une petite maison dans le massif du Vercors. « Je n’allais plus à l’école et j’ai alors vécu dans ma bulle », explique Colette Bitker. « J’ai lu énormément grâce à une amie de mon frère qui lui apportait des livres de Grenoble. Je lisais tout, même s’il ne s’agissait pas de lectures pour une fille de 12 ans ».
En juin 1944, lors de l’épopée du Vercors, les soldats allemands sont arrivés dans le hameau où la famille Bitker avait trouvé refuge. Lorsque les Allemands pénètrent dans leur maison, le frère de Colette qui a la clavicule cassée se cache dans une chambre du haut. Heureusement, les Allemands ne fouillent pas et décident de perquisitionner la maison d’en face où vit un homme. Il n’est ni résistant ni juif mais… c’est pourtant lui que les Allemands arrêtent ! « Je l’ai vu sortir de sa maison vêtu d’une chemise blanche et entouré des soldats allemands », se souvient Colette Bitker. « Je les ai suivis jusqu’à ce qu’ils disparaissent de mon champ de vision. Et sa chemise est l’élément distinctif qui m’a permis de les suivre du regard ». Colette Bitker n’effacera jamais de sa mémoire cette arrestation qu’elle a vécue comme une condamnation à mort pour cet homme qu’elle ne connaissait pas.
Il lui faudra du temps pour prendre conscience de l’importance de cet événement dans son œuvre artistique. « Il y a des années, alors que je rangeais des tableaux qui trainaient dans mon atelier de peinture, je me suis aperçu qu’une trace blanche figurait dans tous mes tableaux. Pas forcément une chemise ni un carré, mais une trace blanche. J’ai alors revu la scène de l’arrestation de notre voisin, comme si j’y étais ».
Pourquoi cet homme a-t-il été arrêté ? Nul ne pourra le dire. « Il devait avoir 40 ans, il était barbu et il n’avait pas non plus l’air d’être un paysan du Vercors. C’est tout ce que je savais de lui, si ce n’est qu’il n’est jamais revenu ». Ce récit que Colette Bitker a également illustré est donc celui d’une vie qui s’est étirée, avec inscrit dans sa trame « cet éclat blanc dans l’obscurité, trace de vie au cœur de la nuit… ».
Colette Bitker, Une chemise blanche dans le Vercors (Michel de Maule éd.)
]]>