In extremis, après avoir épuisé l’entièreté de la période légale prévue pour la formation d’un gouvernement, Benjamin Netanyahou a enfin réussi à constituer sa troisième coalition.
Ce n’est pas l’équipe dont il rêvait. Si Benjamin Netanyahou est parvenu à s’imposer derechef, réussissant ainsi l’exploit de battre le record de longévité de toute l’histoire de l’Etat juif, il est considérablement affaibli. Il voulait une coalition large, axée sur l’alliance du Likoud et des ultra-orthodoxes, qui lui aurait permis de manœuvrer à sa guise. Mais sa formation, Likoud-Beitenou, forgée à la veille du scrutin par l’alliance du Likoud historique et du parti ultra-nationaliste à dominante russophone Israël Beitenou d’Avigdor Lieberman, a perdu des plumes, douze sièges de moins que dans la précédente législature, soit un bon quart de son électorat, éparpillé entre le centre et l’extrême droite. Il lui a donc fallu se résoudre à renoncer à ses partenaires « naturels » et faire alliance avec Tzipi Livni, chef de Hatnouah (« Mouvement »), un débris de Kadima et, surtout, avec les deux grands vainqueurs du scrutin, Yesh Atid de Yaïr Lapid et HaBayit Yehoudi (Foyer juif) de Naftali Bennett. C’est faute d’avoir pu rompre la fraternité inédite de ces deux-là qu’il a dû passer sous leurs fourches caudines.
A priori,rien de commun entre Lapid et Bennett. Le premier est un centriste séculier, champion autoproclamé des classes moyennes. Le second est un national-religieux, qui cache sous des dehors souriants et œcuméniques quelques-uns des éléments les plus extrémistes de la scène politique, ainsi qu’un programme dont la clé de voûte est l’annexion pure et simple du gros de la Cisjordanie. Ils se sont retrouvés sur l’hostilité partagée des Haredim, sur un programme économique d’inspiration libérale et, politiquement, sur une évidence de bon sens : séparés, Netanyahou ne ferait qu’une bouchée de chacun d’eux; ensemble, ils étaient invincibles. Affaire d’arithmétique parlementaire.
Une équipe resserrée
Que peut-on raisonnablement attendre de ce gouvernement ? Une équipe plus resserrée, selon l’exigence de Lapid (22 ministres, Premier ministre compris), et débarrassée des ultra-orthodoxes, est en principe susceptible de réaliser quelques réformes bienvenues. Le doublement du seuil électoral de 2 à 4 %, prévu dans les accords de coalition, devrait introduire un peu de logique dans la carte électorale israélienne. Ce n’est pas encore la grande réforme du gouvernement dont le pays a besoin, mais c’est un début. Ensuite, avec Lapid aux Finances et Bennett à l’Economie et au Commerce, la lutte contre les grands groupes d’intérêts monopolistiques devrait cesser d’être un vœu pieux pour devenir un objectif réalisable. Aussi, l’introduction dans les écoles ultra-orthodoxes d’un programme de base (core curriculum), la réforme des allocations familiales, la fin des subventions automatiques aux étudiants des yeshivot (écoles talmudiques) et autres kollelim (centres avancés d’études de la Torah), ainsi que leur assujettissement, au moins partiel, au service militaire, voilà autant de mesures destinées à intégrer une population dont la sécession historique est à l’évidence dangereuse pour la cohésion et l’avenir de la société israélienne.
Enfin, la présence des centristes au gouvernement, notamment celle de Tzipi Livni au ministère de la Justice, permet d’espérer une attitude plus respectueuse à l’égard de la démocratie et de l’Etat de droit. Elle aura fort à faire. Déjà, il s’avère que l’accord de coalition avec HaBayit Yehoudi remet en selle l’une des pires initiatives législatives de la Knesset sortante : un projet de loi fondamentale dit « Israël, Etat-nation du peuple juif » qui subordonne le caractère démocratique de l’Etat à son caractère juif.
Pour ce qui concerne le front extérieur, cette coalition est plus droitière encore, si possible, que la précédente. Les Affaires étrangères attendent que leur ancien titulaire, Avigdor Lieberman, en finisse avec ses ennuis judiciaires pour lui revenir en vertu d’un accord passé par l’intéressé avec le Premier ministre. A la Défense, ministère qui fait fonction de souverain dans les Territoires occupés, est pressenti Moshé Ayalon, un faucon notoire. A l’Habitat, les colons peuvent faire confiance à Uri Ariel, ancien président du Conseil de Judée-Samarie et membre éminent de HaBayit Yehoudi, parti officiellement hostile à la création d’un Etat palestinien. Bref, autour de la table du gouvernement, comme de celle, plus importante, du Cabinet de sécurité, les représentants des colons seront largement majoritaires. Obama ou pas.
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