Une étude sérieuse sur l’antisémitisme

L’étude L’antisémitisme dans l’opinion publique française. Nouveaux éclairages de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) a été rendue publique le 14 novembre 2014. Elle s’appuie sur deux enquêtes d’opinions menées en collaboration avec l’institut de sondage IFOP. La première a été menée sur internet, du 26 au 30 septembre 2014, auprès de 1.005 personnes de 16 ans et plus, représentatives de la population. La seconde, administrée en face-à-face dans la rue, a été menée auprès de 575 personnes de 16 ans et plus, déclarant être nées dans une famille musulmane.

« L’ensemble fait apparaître une société où les opinions antisémites atteignent une haute intensité dans des univers relativement limités, mais dont l’expansion est une hypothèse raisonnable », souligne le politologue Dominique Reynié, directeur de la Fondapol. Les résultats de cette étude viennent confirmer les grandes tendances qui se dégagent depuis la première décennie du 21e siècle : les sympathisants de l’extrême droite, de l’extrême gauche et une partie significative de la population musulmane sont aujourd’hui les principaux foyers de diffusion de l’antisémitisme en France.

L’étude de la Fondapol met en exergue l’antisémitisme musulman : « Les musulmans répondants sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne à partager des préjugés contre les Juifs. La proportion est d’autant plus grande que la personne interrogée déclare un engagement plus grand dans la religion. Ainsi, lorsque 19% de l’ensemble des personnes interrogées indiquent adhérer à l’idée selon laquelle “les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de la politique”, le taux est de 51% pour l’ensemble des musulmans, mais il est de 37% chez ceux qui déclarent une “origine musulmane”, 49% chez les “musulmans croyants” et 63% chez les “musulmans croyants et pratiquants” ».

Les sympathisants du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon constituent un autre groupe favorable aux préjugés contre les Juifs. Ils sont 51% à penser que les Juifs utilisent dans leurs propres intérêts leur statut de victimes du génocide nazi. Les proches du Front de gauche considèrent aussi que les Juifs « sont trop nombreux en France », alors que seuls 16% de l’ensemble des personnes interrogées sont d’accord avec cette affirmation. L’Histoire nous permet de comprendre ce résultat : une partie de la gauche et de l’extrême gauche s’est très tôt nourrie d’un antisémitisme de type économique, faisant du Juif la figure paroxystique du capitaliste écrasant les classes laborieuses.

Mais la révélation la plus importante de cette étude concerne l’extrême droite. C’est chez les proches du Front national et de Marine Le Pen que « l’on trouve, et de très loin, le plus d’opinions antisémites et xénophobes ». Plus de 50% des sympathisants du Front national trouvent qu’il y a trop de Juifs dans les médias et l’économie et éviteraient d’élire un président juif, et 22 % préfèrent éviter « un voisin juif ».

La thèse selon laquelle l’extrême droite a abandonné l’antisémitisme est pleinement contredite par les résultats de cette enquête. Enfin, peut-on dire. Car depuis trop longtemps, certains ont voulu croire, et faire croire, que sous l’impulsion de Marine Le Pen, le Front national aurait progressivement banni toute référence à l’antisémitisme. C’était un vœu pieux. Même si pour des raisons tactiques, l’extrême droite met de côté son discours antisémite et choisit de concentrer ses attaques contre les musulmans en évoquant l’islamisation de la France et de l’Europe, elle ne peut abandonner l’antisémitisme, car il exerce une fonction idéologique fondamentale dans sa vision du monde. L’antisémitisme procure à l’extrême droite une grille de lecture globale. Le rôle toxique et nocif que l’extrême droite attribue aux Juifs lui permet de tout expliquer. Le Juif pervertit la nation en introduisant des idées universalistes, cosmopolites et contraires aux traditions ancestrales et authentiques du pays. C’est la raison pour laquelle l’extrême droite française a toujours considéré les Juifs comme responsables de l’immigration massive des Maghrébins !

L’extrême droite française, comme l’ensemble des extrêmes droites européennes, n’a jamais eu de tropisme philosémite. Depuis l’émancipation des Juifs en 1790, l’histoire de France est jalonnée de dates importantes pour les Juifs et l’extrême droite : l’Affaire Dreyfus (1898), les émeutes du 6 février 1934, l’adoption du Statut des Juifs (3 octobre 1940), la rafle du Vel d’Hiv (16 juillet 1942)… A chacun de ces moments, l’extrême droite française a démontré très clairement ce qu’elle pense des Juifs et ce qu’elle leur réserve. Ne l’oublions pas quand on se penche sur l’antisémitisme au 21e siècle.

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