Une indéfectible amitié. Réalité ou illusion ?

L’amitié entre les Etats-Unis et Israël est de celles que l’on qualifierait d’indéfectible, voire d’éternelle. Le véritable flirt entre Netanyahou et Trump n’a évidemment fait que renforcer cette impression, qui s’avère de plus en plus être une illusion, du moins à plus long terme.

Même si Joe Biden, lui aussi, se montre particulièrement favorable à Israël, il est d’autres signes plutôt inquiétants qui ne devraient pas nous tromper. Nous en relèverons de trois ordres en particulier.

Il y a, pour commencer, les évangélistes en général, américains en particulier, dans leur grande majorité partisans de Trump, qui sont depuis toujours les inconditionnels d’Israël, considérant le retour des Juifs en Terre sainte comme un événement annonciateurs de la fin des temps. Les évangélistes ne se contentent d’ailleurs pas de soutenir Israël dans sa lutte pour l’existence, mais ils appuient traditionnellement même les Israéliens les plus extrémistes. C’est ainsi, rappelait naguère Le Figaro, que l’Ambassade chrétienne internationale de Jérusalem (ICEJ) appuie et finance la colonisation juive en Cisjordanie occupée. Jurgen Bühler, son directeur, s’est d’ailleurs installé en Israël avec son épouse.

Si le mouvement évangéliste américain demeure globalement partisan d’Israël, cette position dominante dans le mouvement n’y fait plus guère consensus, loin s’en faut. « Commandée par des chercheurs de l’université de Caroline du Nord, une enquête du think tank américain Barna, publiée récemment, relève une ‘forte baisse du soutien à l’État juif’ parmi les évangéliques américains âgés de 18 à 29 ans. Ils ne seraient en effet plus que 33,6 % à se déclarer pro-israéliens, contre 75 % en 2018 », écrivait tout récemment le quotidien français La Croix.

La montée au sein du parti démocrate d’une véritable gauche socialisante et antisioniste constitue un autre motif d’inquiétude à cet égard. Certes, les représentants du parti présidentiel restent dans leur grande majorité amis d’Israël, mais les attaques des partisans du boycott de l’état juif se font de plus en plus vives et largement répercutées dans les médias américains. Les premières voix de cette tendance informelle ont été celles d’Ilhan Omar, somalienne d’origine et représentante du Minnesota au Congrès et de Rashida Tlaib, membre des Socialistes démocrates d’Amérique et représentante du Michigan au Congrès.

Ils ne sont d’ailleurs plus rares aujourd’hui ceux qui, chez les démocrates se déclarent socialistes, une étiquette que très peu auraient assumer il y a quelques années encore. Loin d’être simplement sociaux-démocrates, ces « pionniers » se comportent de plus en plus comme ces gauchistes européens pour qui le combat contre les « sionistes » est plus fondamental que toute autre lutte. Il faut y ajouter notamment Bernie Sanders, sénateur du Vermont et candidat malheureux aux primaires démocrates qui ont vu l’année dernières la victoire de Joe Biden. Sanders, certes en désaccord avec le boycott radical d’Israël, est à vrai dire un représentant typique de ces intellectuels juifs particulièrement critiques envers l’Etat juif, parmi lesquels figurent en première place les adhérents du mouvement ‘Jews for Peace’, qui défend un « judaïsme sans sionisme ».

Le troisième sujet d’inquiétude, plus préoccupant encore que ceux précités, est le succès grandissant de mouvements comme BDS auprès des étudiants des universités américaines. Au début, on a vu se développer l’un ou l’autre groupement de ce type dans ce que l’on pourrait qualifier d’universités de second rang, dont on compte des centaines aux Etats-Unis, mais on voit actuellement apparaître des appels au boycott d’Israël par des sociétés étudiantes dans des institutions particulièrement prestigieuses. C’est ainsi qu’à Stanford les étudiants lançaient une motion de soutien au mouvement BDS dès 2015 et même si les autorités de l’université ont désavoué cette initiative, les étudiants de Yale ont décerné en 2017 le Gandhi Peace Award à Omar Barghouti, antisioniste de choc et fondateur du mouvement BDS.

Depuis lors, ces initiatives anti-israéliennes se sont multipliées sur les campus américains. L’année passée, par exemple, c’est à Harvard que de nombreuses voix en faveur du boycott d’Israël sont fait entendre parmi les étudiants de ce qui est largement considéré comme la meilleure université du monde. C’est là évidemment une évolution particulièrement redoutable pour Israël, car c’est dans ces universités de ce que l’on appelle aux Etats-Unis l’Ivy League, que l’on forme les élites, notamment politiques, de demain. Le gouvernement israélien aurait dans ces conditions bien tort de considérer ces événements comme purement anecdotiques.

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