Une nouvelle campagne belge de boycott académique et culturel d’Israël

Une campagne de boycott académique et culturel vient d’être lancée en Belgique à l’initiative du Belgian Academic and Cultural Boycott of Israël (BACBI), un collectif d’universitaires belges, majoritairement flamands, prônant un boycott complet et constant de toutes les institutions académiques et culturelles israéliennes.

Les campagnes BDS (boycott désinvestissement et sanctions) ont montré à quel point elles sont absurdes et contraires au principe d’universalité de la culture et de la science. Tout ceci n’empêche pas des universitaires belges, principalement flamands, de lancer une nouvelle campagne de boycott académique et culturel : le Belgian Academic and Cultural Boycott of Israël (BACBI). Voici ce que ce collectif propose :

« Nous, universitaires et intellectuel(le)s belges, soutenons l’appel palestinien de 2005 aux boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Nous invitons nos collègues de la communauté belge à boycotter de façon complète et constante toutes les institutions académiques et culturelles d’Israël en appliquant ce qui suit : 

(1) S’abstenir de participer à toute forme de coopération académique et culturelle, de collaboration et de communauté de projet avec les institutions et entités de recherche israéliennes ;

(2) Prôner un boycott complet des institutions israéliennes, et non pas des universitaires israéliens à titre individuel, et ce, aux niveaux national et international, y compris la suspension de toutes formes de financement et de subventionnement de ces institutions ;

(3) Promouvoir la scission d’actifs et le désinvestissement de la part des institutions académiques internationales à l’égard d’Israël et des sociétés multinationales qui agissent en tant qu’instruments dans les violations systématiques des lois internationales commises par l’État d’Israël ;

(4) Œuvrer dans le sens de la condamnation de la politique israélienne en exerçant des pressions pour que les associations et organisations académiques, professionnelles et culturelles adoptent des résolutions ;

(5) Favoriser le dialogue constructif avec les collègues israéliens afin d’amener conjointement l’État d’Israël à respecter les lois internationales, et ce, dans le même esprit que celui de l’appel à la résistance commune émis par les universitaires palestiniens qui ont lancé l’initiative PACBI » ;

(6) Soutenir les institutions académiques et culturelles palestiniennes ».

Cette campagne traduit une radicalisation du mouvement de boycott des universités israéliennes car désormais, ce sont toutes les institutions académiques et culturelles israéliennes qui sont visées, sans la moindre distinction.

Conscients des critiques éventuelles qu’on peut émettre à leur encontre, les signataires belges de cet appel prennent la précaution de rappeler que seules les institutions sont visées. Les universitaires israéliens y échappent à titre individuel. Fort bien, mais ils n’ignorent pas qu’à travers le monde, les professeurs et les chercheurs n’ont de légitimité scientifique qu’en raison de leur appartenance à une université ou une institution académique. Cette distinction censée donner des gages de sérieux et de modération n’est qu’un écran de fumée destinée à impressionner les plus naïfs ou ceux qui ne connaissent rien au monde académique.

De la même manière, comment imaginer un seul instant « favoriser un dialogue constructif » avec leurs collègues israéliens alors qu’ils boycottent leurs universités.

Comme BDS, cette initiative de boycott passe à côté de l’essentiel : l’occupation et la colonisation de la Cisjordanie. Elias Sanbar, poète, essayiste et ambassadeur de la Palestine à l’UNESCO avait déjà mis en exergue toute l’absurdité de ce type de campagne sur les ondes de La Première à l’émission Face à l’info le 3 mars dernier : « Si ces groupes avaient lancé une campagne de boycott de la colonisation, ils auraient eu un appui planétaire. Le problème, c’est qu’ils ont mélangé les deux domaines et aujourd’hui, comment voulez-vous que je boycotte, alors que par ailleurs, en même temps, je suis en train de dire que je veux installer un bon voisinage avec ce pays voisin, ce peuple voisin ».

Pétris de certitudes, ces universitaires belges auront-ils l’outrecuidance d’affirmer qu’Elias Sanbar se trompe ? Il se peut que l’orgueil et l’obstination idéologique les poussent à considérer Sanbar comme un poète égaré et soumis à une Autorité palestinienne décrédibilisée.

Un mystère demeure avec ce type de campagne de boycott académique et culturel : le doute, la nuance et la raison dont usent tous ces signataires dans leurs disciplines respectives font cruellement défaut lorsqu’il est question d’Israël. Comment expliquer que des gens intelligents et mesurés puissent verser dans un rabâchage à ce point péremptoire et simpliste ? C’est un mystère.

En attendant, oserions-nous leur suggérer d’aller voir Mita Tova (The Farewell party), ce beau film israélien sur le droit de mourir dans la dignité. Il s’agit bien d’oser le leur suggérer, car ce film, comme l’immense majorité des films israéliens (même très critiques du gouvernement), a bénéficié des subsides d’institutions publiques israéliennes comme le Jerusalem film & TV Fund ou le Israel Film Fund ! 

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