C’est Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite et conseiller du Maire de Paris qui le signale. La France a récemment procédé à l’expulsion d’un imam radical prêchant sur son territoire. Une première pour l’actuel et récent ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. Le principal intéressé, Mohamed Hammami, était jusqu’alors responsable d’une mosquée du centre de la capitale française, un lieu de culte surveillé depuis plusieurs mois par les services du ministère de l’Intérieur. Claude Guéant, ancien ministre et proche de Nicolas Sarkozy, avait initié la procédure d’expulsion début 2012. Pour mémoire, Hammami avait participé à la création du Conseil francais du culte musulman(CFCM) en 2003.
L’affaire s’est par la suite compliquée. Une commission d’expulsion réunie le 15 mai dernier avait émis un avis défavorable, aux motifs que l’insertion de M. Hammami en France « ne posait aucun problème » et que « son expulsion porterait atteinte à sa vie familiale »… Vivant en France, l’un des enfants du prêcheur de haine occupe même des fonctions au sein du CFCM, institution structurant le culte islamique français. Pour procéder à l’expulsion de l’imam intégriste, Manuel Valls est donc passé avec fermeté outre l’avis consultatif de la commission. Une commission assez étrangement renseignée sur le discours et les inclinaisons de M. Hammami. L’imam a finalement été renvoyé en Tunisie le 31 octobre. Les avoirs de l’association et les comptes personnels de son dirigeant avaient déjà été gelés par le gouvernement Fillion. « Nous avons décidé d’être intransigeants à l’égard de tous ceux qui profèrent des discours de haine à l’égard de la République et de nos valeurs, et de procéder à l’expulsion de militants religieux qui prônent un islam radical »,a justifié Manuel Valls, l’actuel ministre de l’Intérieur français.
Si elle peut inquiéter par certains côtés, l’affaire Hammami offre en dernier lieu un bel et rare exemple de coopération entre les deux bords politiques. Par cette expulsion, la France semble en effet reprendre la main en matière de lutte contre l’intégrisme religieux et envoie par la même occasion un signal fort à tous ceux qui détournent et instrumentalisent la religion. On ne peut, sur le territoire national, tenir un discours « marqué par l’antisémitisme, l’appel au djihad et l’asservissement des femmes » sans risquer de lourdes sanctions. Dont acte. Reste désormais à une société tunisienne qui a déjà fort à faire avec ses intégristes locaux de gérer le cas Hammami. Une énième épine dans le pied d’un pays en reconstruction qui semble, en dépit de certaines bonnes volontés progressistes, s’embourber depuis le Printemps dernier…
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