Après la polémique liée au défilé du Carnaval d’Alost, Unia a publié ce jeudi son rapport, estimant que le char des caricatures antisémites ne violait pas la loi. Le Comité de coordination des organisations juives de Belgique et le Forum der Joodse organisaties ont vivement réagi.
On se souvient parfaitement de ce char représentant des Juifs orthodoxes géants aux nez crochus assis sur des sacs d’or et défilant tout à fait normalement dans le cadre d’un Carnaval bien connu pour sa provocation. On se souvient aussi des réactions outrées de la presse internationale, et même de l’indignation de l’UNESCO qui reconnait depuis 2010 le Carnaval alostois comme « patrimoine culturel immatériel de l’humanité ».
Unia a analysé les signalements qu’il a reçus sur base de la législation et en conclut dans son rapport présenté ce jeudi qu’aucune loi n’a été violée. « Selon nous -certainement dans le contexte très spécifique du carnaval-, il n’y avait pas d’incitation consciente à la haine, à la discrimination ou à la violence contre les juifs. En outre, les idées racistes n’ont pas été délibérément diffusées et il n’était pas question d’insulter volontairement les individus. Par ailleurs, les carnavalistes n’ont pas violé la loi sur le négationnisme. Le char ne faisait aucune référence au nazisme ou à la Shoah », conclut le rapport.
Dans un communiqué, le CCOJB se dit perplexe et déçu par « le manque de discernement d’UNIA ». « Le CCOJB ne sonde pas les intentions profondes d’UNIA, et n’a pas non plus prêté une intention quelconque aux organisateurs du Carnaval d’Alost. Le CCOJB ne peut que déplorer les conséquences désastreuses du Carnaval : la diffusion massive (directement et indirectement) de préjugés antisémites extrêmement chargés (nez crochus, contrôle de l’économie et des banques,…). Est-ce ceci que nous voulons montrer à nos enfants ? Ceci rappelle les chants haineux, racistes, homophobes entonnés dans les stades de football, sous couvert de folklore ». L’organisation juive poursuit « Il est tout de même saisissant de constater qu’il n’y a que notre pays qui semble indifférent à cette problématique : la Commission européenne et l’UNESCO avaient évidemment et justement réagi pour condamner les dérives antisémites du Carnaval. La presse mondiale s’en était fait l’écho. S’agit-il pour UNIA de faire la leçon à l’UNESCO et à d’autres pour rendre acceptables des dérives dénoncées comme antisémites par les victimes elles-mêmes ? »
« Unia n’a pas vocation à se substituer aux victimes de discriminations, ni à donner blanc-seing juridiquement et moralement pour qu’une situation malheureuse se répète ou empire. Ce faisant, et probablement malgré elle, cette institution se décrédibilise violemment aux yeux de certaines populations qu’elle entend défendre. Nous prendrons contact avec les acteurs concernés pour exprimer notre position », souligne le président du CCOJB, Yohan Benizri.
Le Forum der Joodse organisaties (FJO) a, de son côté aussi, fortement désapprouvé les conclusions d’Unia, déplorant par ailleurs que le bourgmestre NVA d’Alost, Christoph D’haese, ait brillé par son absence, tant lors des discussions entreprises à l’époque avec Unia, comme à la visite de la Kazern Dossin à laquelle a participé plus tôt cette année, à l’invitation du FJO, une délégation de 16 personnes venue d’Alost. « Les Juifs n’ont pas besoin de formation en humour et savent, mieux que quiconque, où peuvent mener ce genre de caricatures », a souligné le Forum.
Unia a encore plaidé pour que les événements folkloriques, tels que le carnaval, soient à l’avenir davantage « inclusifs », en encourageant à travailler sur les « stéréotypes qui conduisent aux préjugés, qui à leur tour peuvent causer de la discrimination ». Selon le Centre pour l’égalité des chances les mouvements de jeunesse, écoles et monde associatif ont un rôle à jouer dans ce domaine.
On croit rêver.
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