Valérie Cohen viendra présenter son troisième roman Alice et l’homme-perle (éd. Luce Wilquin) le jeudi 27 février 2014 à 20h30 au CCLJ. Un regard plein de tendresse sur les plus de 60 ans, une vision revigorante et optimiste de tous les possibles qui sera abordée avec l’auteure et le psychiatre Guy Maruani. Un débat animé par la journaliste Nicky Depasse.
Accepter de ne plus rêver et attendre ? A ceux qui y voient la définition de la vieillesse, Valérie Cohen leur proposera sans doute de passer leur chemin. Elle n’est clairement pas là pour ça. Et Alice et l’homme-perle en est la parfaite démonstration. Après Double vie d’un papillon (éd. Dorval, 2010) qui imaginait Robin, auteur à succès décédé, observant depuis un endroit clos le monde des vivants, Nos mémoires apprivoisées (éd. Luce Wilquin, 2012) racontait l’amitié improbable entre Audrey, 20 ans, miss SDF et Jacques Goldstein, sexagénaire taciturne, ancien enfant caché, amateur de solitude.
Résolument optimiste, tout en touchant à des questions de société bien réelles, la voilà qui nous plonge à présent dans le quotidien des Eaux vives, résidence troisième âge de luxe, à Saint-Germain-en-Laye, où Alice, Gisèle et la délicieuse Juliette ont décidé de poser leurs valises.
Le temps avançant, Alice devenue veuve, ses souvenirs peu à peu lui échappent. Elle réalise alors que même le bleu des yeux de son amant Diego s’est évaporé. Cet homme, médecin, qu’elle a pourtant aimé passionnément pendant que son mari, médecin lui aussi, parcourait le monde et les congrès.
Au vu de cette mélancolie qui gagne leur amie, Gisèle et Juliette ont décidé d’agir. Mamy gâteau toujours d’humeur joviale et enthousiaste, Juliette a même élaboré un plan pour emmener en voyage un petit groupe de pensionnaires soigneusement sélectionnés, et retrouver l’amant égaré…
Si Valérie Cohen confie s’être beaucoup amusée en écrivant ce roman, cela se sent, ses personnages sont aussi cocasses qu’attachants, le sujet abordé sous des abords amusants n’en demeure pas moins très sérieux. « La vieillesse n’est pas une question d’âge, on est vieux quand on a cessé d’avoir des rêves », estime-t-elle. « ailleurs un grand décalage entre la société qui pousse à la retraite des gens envies et de vie ! ».
60 ans, l’âge de toutes les audaces ?
Comment faire ses choix, en dépit de l’âge, des peurs et du regard des autres est très certainement une autre thématique de ce roman qui dresse sans tabou le portrait de sexagénaires qui s’assument ou tentent de le faire, avec parfois plus de difficultés. « On ne voit généralement que la partie émergée de l’iceberg sans imaginer derrière les passions ou les déconvenues », poursuit Valérie Cohen. « Que ce soit le choix de ne pas avoir d’enfant, ou de vivre une passion, chacun a son parcours de vie et je ne porte ici aucun jugement moral. Ce qui m’intéressait était cette force qu’on a d’être réfractaire au changement, et ce, quel que soit l’âge. Je serais ravie d’être comme Alice ou Juliette à leur âge, et cela m’effrayerait de ne plus avoir d’envies. Certains ne se les autorisent pas ou n’osent pas par sens des convenances. Ne pas correspondre à la mamy traditionnelle et décider de voyager, écrire des nouvelles érotiques ou vouloir refaire sa vie après 60 ans n’est pas chose aisée. Sans parler des critères de beauté, la norme sociétale reste la femme de 30-40 ans, épanouie professionnellement et avec une famille ».
Si elle reconnait encore que les amies de sa mère l’ont peut-être quelque peu inspirée pour imaginer les pensionnaires des Eaux vives, Valérie Cohen confie encore avoir voulu montrer que de l’ombre peut toujours jaillir la lumière et que de toute situation traumatique une résilience est possible. « Je pense que ma judéité transparait peut-être à travers la tendresse que j’exprime envers mes personnages et mon regard sur la vie ».
Voyant la vie comme une succession de rencontres, l’auteure aime classer les hommes en « bonbons », dont on enlève l’emballage, que l’on goûte et dont parfois il ne reste rien, et en « perles » qui ont marqué notre vie et y ont laissé leur empreinte indélébile. Diego pour Alice. Ce livre à coup sûr est à classer dans les perles.