Vanessa arrive et c’est le Paradis

Tous les médias israéliens y ont consacré un « sujet », la plupart du temps enthousiaste : la blonde interprète de « Joe le taxi » se produira à Tel-Aviv en février 2011. Ce n’est pas tant que la chanteuse soit à ce point populaire en Israël, c’est surtout une sorte de « victoire » sur le front culturel où se déroule -aussi- le confit israélo-palestinien.

 
Israël se sent mal aimé dans l’opinion mondiale. Et il a raison : pour le monde extérieur, l’image écrasante de l’occupant qui opprime, détruit, emprisonne, torture, tue… rejette dans l’ombre les nombreuses qualités que le pays possède par ailleurs. Et qu’il se plaigne de cette situation, qu’il fasse mine de la dédaigner ou qu’il s’en irrite, l’Israélien moyen ne laisse pas d’y être sensible.
 
Dans un tel contexte, chaque soutien, chaque geste amical, chaque visite prend une importance démesurée. En fait, sauf son respect, Vanessa Paradis n’est pas une si grande vedette que cela et sa visite n’aurait sans doute pas fait tant de bruit il y a quinze ans seulement. Mais aujourd’hui, sa venue touche, car elle permet aux Israéliens de se dire : « Voyez, il y a encore des gens qui nous aiment ».
 
Le mot important est « encore ». Contrairement à d’autres vedettes de la chanson (les Pixies, Elvis Costello, Gorillaz, Santana, Brian Eno, etc.) qui refusent désormais de se produire en Israël, Vanessa a « encore » le courage -ou l’inconscience- de venir. Les partisans de la politique actuelle ajouteront qu’elle n’est pas la seule, loin de là.
 
Sans même prendre en compte « nos » chanteurs (Enrico Macias, Patrick Bruel ou Dany Brillant), Israël a accueilli ces derniers temps aussi bien Elton John, Métallica, Serge Lama, les Rolling Stones, que Patricia Kaas, Rod Steward et Bob Dylan. Ce n’est pas rien tout de même !
 
Certes, mais cela signifie surtout que l’occupation n’a pas encore totalement dilapidé l’immense capital de sympathie dont jouissait Israël (et les Juifs). D’une façon globale, le recul est constant : lentement, des amis deviennent « neutres » et des neutres rejoignent  les adversaires.
 
Comme dans les domaines médiatiques, universitaires, culturels en général voire économiques, l’Etat juif recule et son image se dégrade. Plus grave encore, les amis d’Israël vieillissent, ceux pour qui le génocide perpétré par les nazis n’est pas encore un événement historique. Mais à mesure que l’on descend dans la pyramide des âges, le sionisme est davantage, et comme une évidence, assimilé au mal.
 
Heureusement, il y a la Corée du Nord
 
Par exemple, la venue de Vanessa a caché cet épisode survenu sur Internet à propos d’une autre vedette de la chanson actuelle, le canadien Justin Bieber. Comme on le sait (ou pas), ce gamin (16 ans et des poussières) est une des idoles mondiales des adolescents : 4 millions de singles vendus en quelques mois. Et il en irrite à peu près autant qu’il en séduit.
 
Donc, voici quelques mois, le petit Bieber a eu l’idée de demander à ses fans par quel Etat il devrait commencer sa tournée mondiale. Ceux qu’il insupporte se sont mobilisés pour détourner la question en lui indiquant le pire pays ou il pourrait aller (et rester si possible). Sur près de 660.000 votants, Israël n’a pu éviter d’être cité en premier que par les 35.000 voix qui se sont portées… sur la Corée du Nord. 
 
Les jeunes qui ont voté de la sorte sont l’opinion publique d’aujourd’hui et les électeurs de demain. Là est le souci pour Israël et ce n’est pas la venue d’une Vanessa Paradis qui le dissipera.
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