Rompues depuis juin 2010, les relations étroites entre Israël et la Turquie vont peut-être bientôt reprendre entre ces deux puissances régionales du Proche-Orient.
« La Turquie a besoin d’Israël », a déclaré samedi le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays œuvre à normaliser ses relations avec Tel-Aviv, fortement mises à mal depuis qu’un assaut meurtrier des forces spéciales israéliennes contre une flottille turque à destination de Gaza en 2010 ne brouille durablement les deux pays.
« Israël a besoin d’un pays comme la Turquie dans la région », a déclaré le président turc dont les propos ont été publiés dans les principaux journaux turcs. « Nous devons également accepter que nous avons besoin d’Israël. C’est une réalité dans la région », a ajouté le président turc. « Si des mesures mutuelles sont appliquées sincèrement, alors la normalisation (des relations) suivra », a ajouté le chef de l’Etat turc.
Ces propos sont surprenants car Erdogan s’était fait une spécialité de tenir des propos incendiaires à caractères anti-israéliens, et même antisémites. «Où vas-tu, espèce de sperme d’Israël, viens par ici !» avait-il hurlé en 2014 lorsqu’un mineur l’avait critiqué pour sa gestion de la catastrophe qui avait tué près de 300 mineurs dans une mine de charbon à Soma, ville de l’ouest de la Turquie.
Le positionnement anti-israélien et pro-Hamas du président islamiste turc avait déjà perturbé la solide relation entre ces pays mais jusqu’en 2010, rien n’était remis en cause.
Quand on, aborde ce dossier, il ne faut jamais oublier que la Turquie fut en effet le premier Etat musulman à reconnaitre l’Etat d’Israël, de facto en 1949 et officiellement un an plus tard. Membre de l’OTAN, la Turquie a longtemps assumé son statut d’allié régional d’Israël : des accords stratégiques avaient été conclus entre ces deux pays et Tsahal et l’armée turque avaient également noué des contacts étroits en matière de coopération militaire. Cet édifice stratégique dont l’efficacité avait pourtant fait ses preuves était fondamental pour ces deux pays non-arabes du Proche-Orient. Et même depuis la rupture de 2010, les relations commerciales entre les deux pays n’ont paradoxalement jamais été aussi bonnes.
Depuis l’enlisement de la guerre en Syrie, la Turquie est confrontée à l’échec de sa diplomatie qualifiée de « néo-ottomane », et de son mot d’ordre « zéro problème avec les voisins ». Les problèmes ne cessent de se multiplier avec les pays voisins et les querelles avec la Russie ne viennent pas renforcer la position turque. Erdogan a peut-être compris qu’il n’avait plus de nombreuses alternatives pour tirer son épingle du « Grand jeu » proche-oriental et de la crise syrienne. Le retour à la raison le pousserait à revenir à de meilleures dispositions envers Israël.
Ce n’est pas tout. Désireuse de réduire sa dépendance gazière envers la Russie, la Turquie se tourne à nouveau vers Israël qui dispose aujourd’hui d’importantes ressources gazières dans ses eaux territoriales en Méditerranée.
Des responsables israéliens avaient déjà annoncé à la mi-décembre qu’Israël et la Turquie étaient parvenus à une série « d’ententes » pour normaliser leurs relations. Lors de rencontres secrètes en Suisse, les deux pays se sont entendus sur une compensation des victimes du raid israélien, le retour des ambassadeurs et le lancement de négociations sur l’exportation de gaz israélien en Turquie. Des mesures qui seront appliquées dès la conclusion de l’accord, selon un des négociateurs s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.
Toutes les poursuites judiciaires engagées par la Turquie contre Israël seront annulées, et la Turquie interdira l’entrée sur son territoire de Salah al-Arouri, haut cadre du Hamas, le mouvement terroriste palestinien qui contrôle la bande de Gaza, selon cette même source.
Des discussions parrainées par le président américain Barack Obama avaient conduit en 2013 à des excuses du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu à l’actuel chef de l’Etat turc Recep Tayyip Erdogan, sans aboutir à une réconciliation.
Evoquant de possibles progrès sur le blocus de Gaza, Recep Erdogan a déclaré qu’Israël avait suggéré qu’il autoriserait le passage des biens et de matériel de construction pour Gaza s’ils venaient de Turquie. « Nous devons voir un texte écrit pour garantir que l’accord sera bien respecté », a ajouté M. Erdogan.
Le revirement sémantique et stratégique d’Erdogan est décidemment troublant. Tout cela ne correspond à l’homme qui nous a habitués à une autre chanson dont la tonalité est clairement anti-israélienne. Et n’oublions pasque Recep Erdogan n’a jamais été le champion de la cohérence et de la fidélité. Alors qu’il entretenait une réelle amitié avec Bachar El-Assad qu’il appelait « mon frère », il éprouve aujourd’hui envers ce dernier une terrible détestation. Est-ce de la même manière que le très autoritaire et très anti-israélien président turc envisagera les relations avec Israël ? Seul l’avenir nous le dira.
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