Will, alias Bad Luck Bunny, est la vedette frustrée d’un show télévisé pour enfants. Lorsqu’il est déclaré mort par erreur, il décide d’assister à son propre enterrement déguisé en élégant banquier Sikh. Totalement méconnaissable, sa femme va tomber amoureuse de cet étranger si séduisant… Rencontre avec le réalisateur de cette jolie comédie new-yorkaise, Sam Garbarski.
Quel a été le point de départ de Vijay and I ? Je me suis réveillé une nuit d’insomnie avec l’idée d’assister à son propre enterrement sans devoir mourir. Si vous posez la question autour de vous, vous verrez que beaucoup de gens aimeraient bien le vivre pour écouter ce qu’on pense d’eux. Ces personnes ont en réalité une idée très claire de leur image. Ce qu’elles souhaitent, c’est entendre quelque chose de différent, apparaître comme quelqu’un d’autre. Je reprendrais une des phrases de Woody Allen qui le résume si bien : « Je ne regrette rien dans ma vie, mais j’aurais voulu être quelqu’un d’autre ». C’est parti de ça et puis aussi du thème de la réussite. Certaines réussites n’en sont pas vraiment. Rater un plan de carrière, c’est une chose, mais réussir autrement que prévu dans la frustration me semble encore plus dur psycho-logiquement. Mon protagoniste part aux Etats-Unis pour devenir le nouveau Marlon Brando et réussit en lapin vert dans une émission pour enfant, avec un succès populaire encore plus grand. Cette ironie de la réussite m’a paru aussi intéressante à investiguer. Enfin, qui n’a jamais eu envie d’être quelqu’un d’autre ? En sortant d’un film, en terminant un livre, on se projette dans les personnages… Freud a dit en substance « rêve ou crève » ! Si on ne rêvait pas un tout petit peu, je crois qu’on deviendrait fou et très malade. Alors s’évader de temps en temps dans un autre personnage, dans une histoire imaginaire, ça fait du bien, non ? Surtout si c’est avec l’autodérision, qualité principale de l’humour juif.
Du rire qui fait un peu mal, au mal qui fait rire et sourire… L’autodérision est mon seul remède, un remède universel, contre les petits et les grands drames de la vie. Depuis mon enfance, l’humour m’a aidé à affronter les difficultés de l’existence. Il y a certainement une part génétique, l’héritage de l’humour juif d’Europe centrale. Mais consciemment, ce sont Laurel et Hardy, et par-dessus tout Charlot, qui m’ont appris à rire et à pleurer dans les grands moments de la vie. Puis, j’ai apprécié Lubitsch et Wilder avec leur humour juif, mais aussi allemand et américain. Par la suite, j’ai découvert les Italiens néoréalistes, plus particulièrement Dino Risi et Vittorio de Sicca, et leur humour basé sur l’autodénigrement. Cette forme d’humour est la plus noble. Elle est d’ailleurs devenue ma recette contre tous les malheurs. Je cherche automatiquement un angle drôle, absurde ou inattendu pour rire de moi, résoudre les problèmes ou éviter la dépression. Ou pour toutes ces raisons à la fois. Je vois et revois régulièrement les films de ces grands auteurs et le plaisir ne s’amoindrit jamais. L’humour facile des comédies d’aujourd’hui crée l’illusion d’un rire spontané, mais elles ne m’ont jamais apporté aucun sentiment de bien-être. Consciemment ou non, mes films préférés et leurs metteurs en scène m’inspirent pendant l’écriture et continuent à le faire pendant le tournage. Réaliser une comédie n’est pas ce qu’il y a de plus simple. Je voulais que Vijay and I soit drôle, mais avec subtilité et élégance. Et je souhaitais que mon film soit le plus réaliste possible. Je crois donc lui avoir donné une touche dramatique. Pour moi, le drame et l’humour ne sont pas seulement très proches. L’un et l’autre sont étroitement liés et ne peuvent être dissociés.
Pourquoi vous êtes-vous dirigé vers une identité indienne ? Si l’on a envie de changer de vie, je pense qu’il faut changer complètement. La conception de la vie et de la pensée sikhe exprime la tolérance envers la diversité, l’optimisme, les principes du Kamasutra ou le salut à la portée de tous. Et cinématographiquement, c’est aussi plus beau et plus efficace de se déguiser en élégant Indien pour faire rêver sa femme ! Le fantasme de l’étranger, le bel Indien, le cheikh arabe sur le cheval blanc qui vous enlève et vous emporte dans son royaume, il y a un peu de conte de fée là derrière. En s’évadant du quotidien et en reconquérant sa femme à travers un personnage imaginaire, le protagoniste devient quelqu’un d’autre qui n’est autre que lui-même, celui qu’il aurait toujours voulu être…
‘Vijay and I’, une comédie romantique de Sam Garbarski
Avec Patricia Raquette, Moritz Bleibtreu, Michel Imperioli, Danny Pudi, Moni Moshonov.
V.O. St bil. – 1h36
Filmographie
• 1999 : La dinde (court métrage)
• 2001 : Joyeux Noël, Rachid (court métrage)
• 2001 : La vie, la mort & le foot (court métrage)
• 2003 : Le tango des Rachevski (Rashevski’s Tango)
• 2007 : Irina Palm
• 2010 : Quartier lointain (A Distant Neighborhood)
• 2013 : Vijay and I
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