A l’occasion de la biennale internationale Summer of Photography consacrée à la photographie de paysage, le Musée Juif de Belgique expose les œuvres de trois photographes juifs établis dans notre pays et dont les images incitent au rêve et au voyage.
Installée dans le Nouvel Espace Contemporain du Musée juif de Belgique, cette exposition d’été nous confronte tout d’abord à l’œuvre intemporelle de Stephen L. Feldman, Portraits – Shadows and Desire. Né à Chicago et formé au photojournalisme à l’époque du mouvement des droits civiques et de la guerre du Vietnam, cet ancien étudiant de philosophie et de littérature devenu photographe autodidacte dans la tradition de la Street Photography vient s’établir en Belgique en 1989, où, tout en poursuivant son travail documentaire sur le monde de la médecine, il ne cesse d’expérimenter les techniques de la photographie argentique. L’abattoir, la fleur, le pigeon, le nu… Feldman revisite des sujets explorés par les grands peintres et les inventeurs de la photographie. Ses grandes épreuves photographiques en noir et blanc témoignent de ses recherches graphiques permanentes, alternant la technologie d’impression numérique et le retour aux anciennes techniques artisanales de la photogravure ou de la gomme bichromatée pratiquée par les photographes « pictoralistes » vers 1900. Résolument en marge de l’évolution du marché de la photographie commerciale, l’œuvre de Feldman nous invite à regarder le réel au-delà du « fétichisme » contemporain du numérique et de l’instantanéité de la vision.
Le monde flottant de Dalia Nosratabadi
Visions insolites des paysages de grandes villes contemporaines, Bruxelles, Paris, New York, Shanghai, Séoul, Tokyo… les « vibrations urbaines » de Dalia Nosratabadi incitent à reconsidérer l’image au quotidien de la « mégalopole post-moderne » et à pouvoir s’émerveiller de ses harmonies picturales lorsque, comme c’est si souvent le cas dans notre capitale de l’Europe, les caprices du climat semblent nous condamner à la morosité des jours de pluie. Images d’un monde flottant, fusion bariolée de l’envers et de l’endroit du réel, enchevêtrements d’architectures, d’humains et de matières, où l’eau se mêle au ciel et aux paysages riches en couleurs de la grande ville. Une œuvre insaisissable… nous ouvrant à l’imaginaire d’une photographe au parcours fulgurant. Née en Iran, vivant en Belgique depuis 1983, Dalia Nosratabadi étudie la peinture et la scénographie. C’est à l’occasion d’un voyage à New York en 2001 qu’elle réalise ses premières photos de flaques d’eau, émerveillée d’y découvrir soudain les reflets fluctuants et incertains d’un « espace-temps indéterminé et vague », assemblage éphémère des parcelles de paysages de la mégalopole la plus photographiée au monde… Commissaire de l’exposition « Urban Vibrations », Daniel Dratwa précise : « J’ai découvert l’univers photographique de Dalia dans son livre Upside Down (Anvers, 2009). Travaillant avec beaucoup d’amour et de passion, elle voyage énormément. Contrairement à tous les touristes, c’est la pluie qu’elle recherche pour capter dans les surfaces évanescentes des flaques d’eau les images chatoyantes des villes et de leurs habitants dont elle immortalise les instants de beauté comme le faisaient jadis les peintres de plein air, animée comme eux par ce sens inné des formes propre à tout artiste visionnaire ». Historienne et critique d’art, Christine de Naeyer remarque : « Dans sa recherche des hasards et sa quête de l’inattendu, saisi à la surface de quelque flaque d’eau, le travail de Dalia offre au photographe toute la liberté prise par les peintres face au visible ».
Dan Zollmann : portrait d’une communauté
Plongée dans les traditions du judaïsme orthodoxe et de la yiddishkeit, Dan Zollmann expose ses paysages urbains : instantanés de la vie juive anversoise témoignant de sa passion pour l’univers pieux et festif des Hassidim qui, au-delà de leurs rituels immémoriaux, font partie intégrante de la vie quotidienne des rues de la grande métropole scaldéenne. Tout en captant en photos les symboles et les grands moments de la piété juive, Dan Zollmann nous livre une admirable série de portraits de membres « d’une communauté soucieuse d’être et non de paraître » dont il saisit toute la beauté des regards, empreints de spiritualité, d’ironie ou de rire, face à l’œil candide du photographe.
Du 15 juin au 15 août 2012, le MJB organise aussi un concours photo destiné aux jeunes photographes désireux de montrer leur talent sur le thème « Fenêtre sur le judaïsme contemporain ».
Exposition « Visions »
Jusqu’au 30 septembre 2012
Musée Juif de Belgique, 21 rue des Minimes, 1000 Bruxelles – Tous les jours 10h-17h (sauf lundi)
Tél. 02/512.19.63 – Infos : www.new.mjb-jmb.org
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