Viviane Teitelbaum « Je ne suis pas antisémite, mais… »

Le jeudi 18 février 2016, à 20h au CCLJ, Viviane Teitelbaum nous parlera de son nouveau livre Je ne suis pas antisémite, mais… (éd. Luc Pire). L’occasion de revenir avec les points de vue de spécialistes et d’acteurs de terrain sur le nouveau visage de l’antisémitisme, sur ses origines, et sur les pistes à explorer, pour avancer. Pour ne plus que la communauté juive soit cette cible privilégiée.

« … apercevoir la gueule de la sioniste Teitelbaum devait écœurer la plupart des personnes présentes au Janson… », « … une vieille juive riche à pognon… » (sept. 2010), « … les juives, c’est des salopes qui méritent de se faire violer ! » (oct. 2008) La liste est malheureusement longue des insultes, courriers et menaces auxquels la députée MR Viviane Teitelbaum a déjà dû faire face depuis son entrée au Parlement bruxellois. Sur Facebook, comme dans les commentaires postés sur les sites de certains journaux belges, les internautes semblent se lâcher comme jamais. Dernier « incident » en date, mai 2015. Un courrier lui est directement adressé à son cabinet d’échevine à Ixelles. « Gaza = Auschwitz. Voleurs, Assassins. Menteurs, dégénérés. (…) Juifs “belges” complices, collabos ». « J’avoue être un peu anesthésiée devant ce genre d’insultes, c’est face à l’effroi de mes collègues que j’ai réalisé la gravité des faits », confie l’intéressée, qui décidera d’aller porter plainte contre X, sans être au bout de ses surprises. « Le commissaire de police qui m’a reçue m’a d’abord demandé ce que j’avais fait ! », raconte-t-elle. « Il m’a ensuite proposé de choisir entre “négationnisme” et “racisme” pour qualifier ma plainte… “Antisémitisme” ne figure pas dans la liste des accusations ! » Comme 95% des plaintes contre X, sa plainte sera classée sans suite, mais elle agira comme un détonateur.

C’est sans conteste cette accumulation d’expériences vécues, sans parler des nombreux autres cas recensés (on citera l’annonce dans un train de la SNCB demandant à tous les Juifs de descendre à Buchenwald !), qui aura motivé la députée bruxelloise à écrire ce livre. « Un tournant » aussi, estime-t-elle, depuis la parution en 2008 de son autre ouvrage sur le sujet Salomon, vous êtes juif (Luc Pire). « Ozar Hatorah, le Musée juif, l’Hyper Cacher… aujourd’hui, l’antisémitisme tue de nouveau sur le sol européen », pointe-t-elle. « Le nouveau visage de l’antisémitisme rouge-vert-brun, “arc-en-ciel” comme le qualifie Joël Kotek, prend racine sur un terreau existant qui lui permet d’élargir son socle. L’antisionisme s’est lui aussi banalisé, avec un outil comme BDS qui le légitimise avec un effet de contagion auprès de tous ceux qui ont du conflit une vision unilatérale, pénétrant aussi bien le milieu culturel, artistique, intellectuel, que médical ! C’est tout cela dont j’ai voulu parler ».

Parler vrai

S’il existe une loi sur le racisme, sur le sexisme, ou encore l’homophobie, Viviane Teitelbaum déplore que seule l’incitation à la haine soit retenue dans le cas de l’antisémitisme, invitant le politique à adapter la législation à la réalité. « L’antisémitisme n’est pas repris comme tel dans la loi de 81 sur le racisme », déplore-t-elle. « Il semble également qu’il faille être juif pour s’indigner d’une insulte antisémite, comme si être démocrate et citoyen ne suffisait pas », dénonce encore celle qui sera finalement parvenue -grâce à Mes Van Nerom et Laurent- à obtenir la condamnation en 2005 d’une chanson intitulée « Nique les Juifs », en invoquant l’intérêt collectif.

Tout en soulignant qu’il n’y a pas d’échelle de valeurs dans les agressions, Viviane Teitelbaum tient à rappeler la spécificité de l’antisémitisme. « De par son histoire européenne, il ne s’agit pas d’un racisme comme un autre », argumente-t-elle. « Quand six millions de Juifs sont tués sur le sol européen avec la complicité d’Etats européens, cela mérite une place et une analyse particulière, de même qu’une case à cocher dans la liste de la police ! ».

Avec cette exigence selon la députée de parler vrai, d’oser dénoncer l’antisémitisme de gauche comme l’antisémitisme arabo-musulman, de pouvoir parler d’antisémitisme sans forcément parler d’« islamophobie », au risque sinon de laisser le terrain aux extrémistes et populistes de tous bords. « Ne pas en parler aggrave le problème », affirme-t-elle. « Longtemps seule victime des attentats, la communauté juive se sentait jusqu’ici isolée, sans assister à la réprobation unanime qu’elle aurait souhaitée », poursuit Viviane Teitelbaum. « Charlie Hebdo et le Bataclan ont malheureusement montré qu’elle n’était plus seule dans la ligne de mire. Nous étions le canari dans la mine. Aujourd’hui, les gens ont compris que nos valeurs sont visées dans leur ensemble ».

Parmi les journalistes, militants, politologues, historiens, acteurs de la société, juifs, musulmans, laïques qui illustrent son analyse, Viviane Teitelbaum confie avoir eu quelques difficultés à trouver des interlocuteurs optimistes. Elle envisage toutefois des pistes, des chemins à prendre avec Mohamed Sifaoui, combattant de l’islamisme politique et de ses répercussions, et Charles Rojzman, philosophe et écrivain français, promoteur du dialogue et du vivre-ensemble. « Déminer, déconstruire les préjugés pour pouvoir recommencer à se parler, réconcilier les gens avec les valeurs démocratiques pour recréer la confiance », conclut Viviane Teitelbaum, « en tant que femme politique, c’est pour moi la seule voie envisageable.

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