Vladi Grigorieff nous a quittés

Vladimir (Vladi) Grigorieff est décédé à Bruxelles le 15 août dernier. Responsable de la régie publicitaire de Regards pendant plusieurs dizaines d’années, Vladi Grigorieff a également fait partie de la Rédaction de notre revue durant les années 1970 et publié de nombreux livres de vulgarisation philosophique et théologique.

Né à Bruxelles en 1931, Vladi Grigorieff a dirigé la régie publicitaire de Regards pendant de nombreuses années. Mais Vladi, c’était bien plus que les publicités de notre revue. C’était une de nos plumes, un écrivain et un poète.

Durant les années 1970, les lecteurs de Regards pouvaient lire chaque mois le Carnet que Vladi Grigorieff signait Scopus. Dans cette chronique, il portait son regard critique et parfois grinçant sur la vie juive, l’actualité israélienne et aussi les grands débats qui agitent le monde juif depuis des siècles. Cela pouvait être une réflexion déclinée sous forme d’une analyse, tout comme cela pouvait prendre la forme d’un aphorisme ou d’un trait d’humour.

Ainsi en septembre 1976, il écrivait : « Quand un Juif oublie qu’il est juif, les autres se chargent de le lui rappeler. Et quand les autres oublient de le lui rappeler, c’est lui alors qui s’inquiète de leur oubli ». Et d’ajouter : « Oublier d’être juif, cela arrive à des millions de Juifs, tous les jours et même plusieurs fois par jour. Mais oublier qu’il reste juif, quel Juif, même en rêve, le pourrait-il ? ». Du pur Vladi.

Autodidacte, mais grand érudit, Vladi Grigorieff a publié de nombreux ouvrages de vulgarisation philosophique et théologique, dont l’incontournable Philo de Base (Marabout) recommandé dans les écoles et plusieurs fois réédité. Ses livres n’avaient rien de vulgaire ni de simpliste, au contraire. Il s’agissait surtout dans des termes clairs et dans une approche accessible des concepts complexes et compliqués, sans jamais trahir la pensée des auteurs envisagés.

Passionné d’histoire juive et de judaïsme, Vladi a également publié un excellent travail de synthèse consacré à la Shoah : Le judéocide : 1941-1944, (éd. Vie ouvrière). Les termes étaient importants pour lui et ce titre n’est pas la conséquence d’une coquetterie ni de la volonté de se distinguer. Il aimait les mots, savait leur  importance et veillait à les utiliser avec exactitude.

C’est aussi la raison pour laquelle Vladi vouait une passion aux haïkus, cette forme poétique japonaise très codifiée. Et comme bien souvent avec lui, il est passé de la connaissance à la pratique en écrivant des haïkus en français qu’il a publiés en 2005 : La porte applaudit : haïkus (éd. Filipson).

Idéologiquement, Vladi ne partageait pas tout à fait la « ligne » du CCLJ. On pourrait dire qu’il se situait quelque part entre le CCLJ et l’UPJB, comme on peut s’en rendre compte dans son dernier ouvrage, illustré par Abdel de Bruxelles, Le conflit israélo-palestinien : deux peuples condamnés à cohabiter (Lombard , La Petite Bédéthèque des savoirs, 2017).

Amoureux des mots, il aimait refaire le monde et débattre pendant des heures. Redoutable dans la dialectique et l’argumentation, il était parfois difficile de le contrer, surtout lorsqu’il y ajoutait une petite dose de mauvaise foi. Si vous le croisiez à la sortie d’une conférence du CCLJ, vous aviez inévitablement droit au prolongement de celle-ci au foyer derrière un verre.

Doté d’un bon sens de l’humour et d’une grande gentillesse, Vladi ne cherchait pas à étaler son immense culture ni à écraser son interlocuteur. Il était plutôt du côté du partage, de la transmission et du gai savoir.

Nous perdons aujourd’hui un précieux collaborateur, un camarade et un ami. Merci pour tout Vladi.

La Rédaction de Regards et le conseil d’administration du CCLJ présentent à sa famille, à Macha sa compagne, et à ses proches leurs plus sincères condoléances.

L’enterrement se déroulera ce vendredi 18 août 2017 à 11h au cimetière d’Etterbeek, rue du Long chène 88, 1970 Wezembeek-Oppem.

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