Kazerne Dossin, c’est le nom que portera l’ancien Musée Juif de la Déportation et de la Résistance, lorsqu’il rouvrira ses portes en septembre 2012, après plusieurs mois de travaux. Son directeur Ward Adriaens sera au CCLJ le 19 décembre prochain pour nous parlerde l’évolution du projet, ainsi que de la richesse des archives générées par la persécution des Juifs et des Tziganes durant la Seconde Guerre mondiale.
Historien de formation et archiviste diplômé de la VUB (Vrije Universiteit Brussel), Ward Adriaens est l’auteur de plusieurs livres sur la Résistance locale. Il a été le premier directeur du Musée juif de la Déportation et de la Résistance. Inauguré en 1995 dans les murs de l’ancienne Caserne Dossin à Malines, d’où 25.835 Juifs et Tziganes de Belgique et du Nord de la France ont été déportés vers Auschwitz-Birkenau entre 1942 et 1944, ce musée a vite dû faire face aux affluences. « Disposer de seulement douze salles et deux toilettes, c’était presque une insulte pour nos 35.000 visiteurs annuels », raconte Ward Adriaens. « A maintes reprises, nous avons signalé ce problème aux autorités, qui ont fini par proposer un élargissement en termes d’espace, mais aussi de contenu ». Des plans visant la construction d’un tout nouveau musée reçoivent le soutien du Gouvernement flamand dès 2001. Mais il faudra attendre septembre 2009 pour que débutent, après un concours international d’architecture et en concertation avec les riverains, les travaux du très ambitieux projet « Kazerne Dossin. Mémorial, Musée et Centre de Documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme ».
Juste en face de l’ancienne caserne, le nouveau musée verra le jour dans un bâtiment de quatre étages à l’allure résolument moderne, prévu pour accueillir jusqu’à 100.000 visiteurs par an. « Il sera jusqu’à quatre fois plus grand que l’ancien », explique le directeur, « et abordera de nouveaux thèmes relatifs aux droits de l’homme. Il s’agira de pointer les mécanismes qui ont joué dans l’histoire de la Shoah, de les extrapoler et d’offrir un suivi pédagogique à des dynamiques comme celles des mass media, par exemple ». Une articulation longuement réfléchie avec des représentants de différentes organisations juives, mais aussi du monde académique, notamment le professeur Herman Van Goethem, de l’Université d’Anvers, curateur du nouveau musée.
La façade avant de la caserne sera réaménagée pour accueillir le Centre d’archives et de documentation. Celui-ci contient déjà plus d’un million de documents digitalisés. Accessibles aux familles juives comme aux chercheurs, ces archives administratives et personnelles renferment entre autres les portraits de 21.000 Juifs et Tziganes sur les 25.000 qui ont transité par la caserne durant la Seconde Guerre mondiale. Une richesse documentaire unique en Europe, si l’on en croit Ward Adriaens : « Grâce à l’enregistrement, sur ordre allemand, des membres de la communauté juive, on a pu retrouver la trace de quelque 60.000 personnes, et donner un visage à une bonne partie d’entre eux. Désormais, la déportation, ce n’est plus seulement des statistiques : derrière chaque portrait, on a également un dossier qui retrace des éléments biographiques de la vie des personnes déportées, leur âge, leur nationalité, leur profession… ». Le centre de pédagogie de la Kazerne Dossin offrira par ailleurs des visites guidées du musée et un soutien aux projets spécifiques initiés par les écoles de tous réseaux scolaires.
La réouverture officielle de la Kazerne Dossin n’est prévue que pour septembre 2012, mais le musée de Malines accueillera déjà à la fin juin le meeting de la Task Force for International Cooperation on Holocaust Education, dont la Belgique assumera alors la présidence. Entre temps, Ward Adriaens viendra au CCLJ exposer son travail d’archiviste et l’état d’avancement du projet « Kazerne Dossin. Mémorial, Musée et Centre de Documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme ».
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