Principal moteur de recherche sur internet, Google est quotidiennement confronté aux dérives liées à la liberté d’expression. Comment protéger les individus des discours de haine face au flux d’informations qui se déversent sur internet ? William Echikson, responsable communication et liberté d’expression de Google pour l’Europe et le Moyen-Orient, répondra à vos questions le mardi 7 octobre 2014 à 20h30 au CCLJ.
Comment Google se positionne-t-il face aux limites à la liberté d’expression que les démocraties européennes ont insérées dans leur dispositif légal ?
Google est conscient qu’il ne peut pas promouvoir la conception américaine de la liberté d’expression telle que le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis la consacre. Nous tenons compte des particularités européennes, même si nous avons été poursuivis en France par l’Union des étudiants juifs de France dans l’affaire « Un bon Juif… ». Suite à la condamnation que le tribunal a prononcée, nous avons été amenés à supprimer certains contenus. Je comprends que les communautés juives soient inquiètes par la diffusion de propos antisémites sur internet, mais il est important qu’elles comprennent qu’internet n’est pas la cause de cet antisémitisme. Tout ce qui existe dans le monde réel préexiste ce qu’on trouve dans le monde virtuel d’internet. Je ne nie pas que Google ait une responsabilité à assumer, mais les personnes qui diffusent sur internet des propos racistes et antisémites doivent aussi faire face à leur responsabilité.
Cela signifie-t-il que vous adoptez une politique proactive en matière de filtrage des contenus racistes et antisémites dans votre moteur de recherche ?
Non, car nous ne voulons pas imposer de censure en matière de liberté d’expression. Si nous devenons des censeurs, nous nous plaçons alors dans une position délicate. Ce n’est pas à une entreprise privée comme Google à faire ce travail. C’est aux tribunaux à décider ce qui doit rester en ligne ou non. Dès qu’une décision judiciaire intervient, nous réagissons le plus rapidement possible pour supprimer le contenu problématique.
Comment Google envisage la situation inverse où la liberté d’expression n’est pas consacrée par la loi ?
En termes de liberté d’expression, Internet a permis à un nombre considérable d’individus vivant dans des régimes non démocratiques de s’exprimer. Les problèmes sont apparus lorsque les régimes autoritaires se sont réveillés et ont pris la peine de regarder ce qu’on trouve sur internet. Ainsi, en Russie, lorsque Poutine a d’abord imposé la censure à la presse papier, il ne s’est pas attaqué à Internet. Maintenant, tout cela a changé et il n’hésite pas à verrouiller la presse en ligne. Depuis une dizaine d’années, le nombre de pays qui censurent, filtrent ou bloquent des sites n’a cessé d’augmenter. Il est évident que des pays comme la Chine, l’Iran, la Russie et la Turquie multiplient les mesures de ce type, mais nous avons aussi constaté que des atteintes à la liberté d’expression sur Internet se multiplient aussi dans des démocraties occidentales où les autorités cherchent à bloquer ou à filtrer ce qui les dérange.
Quelle est aujourd’hui la question la plus délicate à laquelle Google est confronté ?
C’est probablement la question du droit à l’oubli. Peut-on trouver dans notre moteur de recherche l’information sur une personne ayant commis il y a vingt ans un crime pour lequel il a purgé sa peine ? Oui. La liberté d’expression se heurte alors au respect de la vie privée. Google doit à nouveau tenir compte des différentes approches qui varient selon les législations et les cultures nationales. Cela nous oblige à nous préoccuper davantage des contenus sur internet.
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