Le 19 avril dernier, les Juifs de Belgique ont commémoré Yom HaShoah au Mémorial aux Martyrs juifs de Belgique à Anderlecht. A la différence de certains pays qui ont choisi la date retenue par l’Etat d’Israël (27 Nissan – 5 mai 2016), la commémoration belge coïncide avec la date anniversaire de la révolte du Ghetto de Varsovie et de l’arrêt du 20e convoi par les Résistants à Boortmeerbeek.
Pendant longtemps, la liturgie juive n’avait rien conçu pour commémorer le souvenir des victimes de cette catastrophe. C’est aux Etats-Unis où des rabbins libéraux et conservateurs ont commencé à interroger la Shoah au regard de la tradition juive que l’idée de constituer un rituel spécifique pour cette commémoration a fait son chemin. « Plusieurs années ont été nécessaires à de grandes autorités reconnues du Mouvement conservateur juif américain pour réfléchir et rédiger un livre réunissant prières et méditations commémoratives, ainsi qu’une histoire en six chapitres relatant les événements et questions endurés par notre peuple durant la Shoah », explique le rabbin David Meyer, professeur de littérature rabbinique. L’importance du rituel sous-tend la rédaction de ce livre. « Le danger, c’est l’absence de rite et de livre particuliers qui amène à penser 365 jours par an à un judaïsme pénétré de la Shoah. Pour qu’une transmission se fasse avec succès dans les générations à venir, ce n’est pas 365 jours par an qu’il faut penser à la Shoah, mais un jour par an, afin de continuer à vivre le judaïsme de la vie les autres jours. Avoir une date, un livre et une liturgie propre permet aux Juifs de se libérer du poids de la Shoah qui écrase le judaïsme. Car aujourd’hui, les questions liées à la Shoah entravent notre foi », déplore le rabbin David Meyer.
C’est en France que la lecture des noms des déportés juifs de France constitue la ritualisation centrale de cette cérémonie de Yom HaShoah. Cette lecture a été initiée par le mouvement libéral juif de France (MJLF) et l’association des Fils et Filles des déportés juifs de France, sous l’impulsion du rabbin Daniel Farhi. « Comme seul ce qui est ritualisé est mémorisé », estime le rabbin Daniel Farhi, « il a été préconisé en Israël et dans la plupart des communautés juives d’observer la journée du 27 Nissan comme journée du souvenir de la Shoah ». La lecture des noms est essentielle, car comme l’a rappelé à juste titre Simone Veil, « cette lecture rend aux victimes de la Shoah une parcelle de l’identité qu’on leur a volée. Elle leur confère la sépulture qu’elles n’ont pas eue ».
En Belgique, la cérémonie de Yom HaShoah a été initiée par la communauté juive libérale de Bruxelles qui a également choisi de procéder à la lecture des noms de tous les déportés juifs de Belgique. Depuis lors, les différentes associations de la mémoire et la communauté israélite de Bruxelles se sont jointes à l’organisation de cette cérémonie qui se tient au Mémorial d’Anderlecht.
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