Ne causer nulle peine aux riches. Ne pas fâcher les ultra-orthodoxes. Si le gouvernement israélien a ses Tables de la Loi, ce sont deux de ses principaux Commandements. Ce sont aussi les deux angles d’attaque d’un nouveau venu en politique : Yaïr Lapid.
On sait qu’après les grandes manifestations de l’été dernier l’actuel gouvernement avait mis en place la « Commission Trajtenberg », chargée de réguler quelque peu le libéralisme sauvage qui régit le pays.
Une des propositions de ce Comité était l’instauration d’une taxe spéciale de 2% pour les Israéliens gagnant 20.000 euros mensuels ou davantage. Une idée reprise par le gouvernement dans les projets de lois qu’il compte présenter à la Knesset pour réformer l’économie.
C’est alors qu’est intervenu le puissant Gouverneur de la Banque d’Israël, Stanley Fischer. Bien sûr, il est opposé aux « monopoles financiers et industriels ». Et il admet qu’Israël est un des pays dont le taux de redistribution des richesses est le plus bas.
Mais de là à taxer les riches… Cela pourrait les inciter à quitter le pays, eux et leurs capitaux, a expliqué Fischer. Une telle mesure pourrait aussi effrayer les investisseurs étrangers, qui auraient l’impression qu’on ne les aime pas en Israël.
Et tout cela pour récupérer quelques misérables centaines de millions d’euros. Le jeu en vaut-il la chandelle ? a-t-il encore demandé. Le ministre des Finances, Yuval Steinitz, a retiré le projet de loi.
Scène de la vie quotidienne à Beith Shemesh, là où les intégristes sont chez eux. Une femme descend de sa voiture pour mettre en place des affichettes de la Loterie nationale. Une femme, indécente par nature, vêtue de façon qu’on imagine sans peine immodeste.
Une femme seule conduisant un véhicule. Et proposant des jeux de hasard. Qui pourrait résister à tant de provocations ? Pas trois saints hommes qui passaient par là.
Tout en utilisant un langage qui étonne chez des gens aussi pieux, ils ont crevé les pneus de la voiture, volé la clé de contact et blessé la femme en lui jetant des pierres.
Pour mettre fin à ces excès -et à beaucoup d’autres- est entré en politique un homme que les Israéliens connaissent bien. Yaïr Lapid qui, jusqu’à sa démission, voici peu, était un des plus renommés présentateurs de JT du pays.
Il a aussi été élu à plusieurs reprises « homme le plus sexy d’Israël ». Il est à la 40e place des « Israéliens les plus populaires de tous les temps ». Il est aussi le fils de son père… et de sa mère.*
« Où passe l’argent ? »
Sans oublier la vingtaine de livres (poésies, romans, policiers…) à succès qu’il a écrit et la chronique hebdomadaire qu’il tient depuis vingt ans dans le Yediot Aharonot, un des quotidiens les plus lus du pays.
Avant même qu’il ait fondé son parti, les sondages le créditaient déjà de 15 et 20 sièges. C’est le candidat favori de la classe moyenne, que la coalition actuelle n’a cessé de décevoir. D’ailleurs, il a déjà un de ses slogans de campagne : « Où passe l’argent ? »
Celui de ceux qui travaillent dur, paient l’impôt, font l’armée, bref, font tourner le pays. Et il donne une partie de la réponse : « Il part dans ces groupes d’intérêts, parfois non sionistes, qui volent sans vergogne la classe moyenne ».
Un message qui tombe à pic alors qu’une majorité d’Israéliens est lasse et effrayée par les excès des intégristes juifs. Mais, en supposant que le soufflé ne retombe pas, Lapid peut-il bouleverser le rapport de force actuel ?
Certains commentateurs estiment que les sièges qu’il pourrait gagner permettraient la formation d’un gouvernement débarrassé des ultra-orthodoxes. Mais d’autres font une analyse différente : la classe moyenne, en majorité ashkénaze et laïque, vote en général à gauche ou au centre. Et elle compte toujours entre 25 et 35 sièges.
Si Lapid n’attire pas un nombre conséquent de voix du centre droit et des Sépharades, il ne fera que modifier le rapport de force au sein de cet électorat-là, probablement aux dépens du parti Kadima. Mais sans du tout gêner les droites.
L’astre Lapid luit fortement dans le ciel d’un Israël qui voit les nuages s’accumuler sur sa tête. Mais sera-t-il une étoile filante ou une « étoile du Berger » pour un peuple à la dérive ? On le saura au plus tard début 2013, date officielle des prochaines élections législatives…
*Sa mère Shulamit Lapid fut un écrivain célèbre, auteure de romans historiques, de recueils de nouvelles et des premiers « polars » israéliens. Son père, Tommy Lapid, lui aussi journaliste de renom, avait fondé le parti Shinouï qui obtint 15 sièges en 2003, avant de disparaître aux élections suivantes.
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