120.000 Palestiniens ont été expulsés du camp de Yarmouk. Ceux qui s’y trouvent encore ont été assiégés, bombardés, affamés. Ils sont aujourd’hui aux mains des tueurs de Daesh. Tout cela sans la moindre réaction des organisations pro-palestiniennes
Et voici que le monde redécouvre les horreurs du camp de réfugiés palestiniens* de Yarmouk, (banlieue sud de Damas). Il a fallu pour cela que les tueurs de « Daesh » s’en emparent et s’y livrent à leurs terrifiantes exactions.
Pourtant, ses 150.000 malheureux habitants étaient bombardés, assiégés, affamés par l’armée de Bashar El Assad et ses alliés du Hezbollah depuis 2012. Ce site s’en était déjà ému en mars 2014 (« Un mot pour Yarmouk ? »**).
Puis, devant l’indifférence générale, y compris chez ceux qui prétendaient défendre la cause de la Palestine, nous étions, comme eux, passé à autre chose. Un an avait passé depuis et la situation à Yarmouk avait encore empiré
18.000 personnes s’y trouvaient toujours, celles qui n’avaient ni les moyens ni d’endroit où fuir. Dont environ 3.500 enfants. Ciblés par les bombardements et les snipers, ils survivaient sans électricité, sans eau, sans nourriture***, sans médicaments.
Tout cela, sans que les organisations pro-palestiniennes n’y trouvent rien à redire. Par contre, entre temps, elles étaient descendues en masse, à Paris, Bruxelles ou ailleurs pour s’indigner de l’opération israélienne « Bordure protectrice » contre Gaza (juillet-aout 2014) …
Rebondissement donc au début de ce mois : les djihadistes de « l’Organisation Etat islamique » et ceux du « Front al Nosra », une branche d’Al Quaïda ont attaqués à Yarmouk. En quelques jours, ils ont vaincu les forces palestiniennes qui le défendaient.
Aujourd’hui, ils contrôlent la quasi-totalité du camp et s’y livrent à leurs crimes habituels : meurtres de civils, décapitations de combattants, rapt de femmes. Un jeune Palestinien de 16 ans affirme même avoir vu des djihadistes «jouer avec une tête coupée comme si c’était un ballon».
Mais, cette fois, contrairement à ce qui se passait auparavant, les organisations palestiniennes ont réagi. Pas tant le Hamas, qui a été pris à contre-pied, lui qui avait rejoint dès 2012 l’opposition au dictateur syrien, pour se voir attaqué par d’autres opposants.
Mais bien Mahmoud Abbas, qui avait longtemps tenté de rester neutre entre le régime syrien et ceux qui le combattaient, et qui vient de demander outre l’aide de l’ONU… celle de Bashar al Assad. Lequel se déclare prêt à armer et aider ceux qu’il tuait hier…
Autres bizarreries : le silence de la Turquie quand Daesh tue les frères de ces Palestiniens de Gaza qu’il soutenait si fortement. Ou celui du Hezbollah, qui se proclame en 1ère ligne pour « libérer la Palestine » et massacre les Palestiniens de Yarmouk
On peut aimer la Palestine sans aimer un seul Palestinien.
Bien sûr, il existe d’importantes raisons politiques qui justifient tout cela mais que, nous, sionistes de gauche, sommes, par nature, incapables d’appréhender. Pensez donc : avec notre sentimentalisme petit-bourgeois, nous condamnons la mort de toutes les victimes civiles.
Aussi bien celles des Israéliens victimes des roquettes du Hamas ou du Djihad islamique que celles des bombardements israéliens sur Gaza. Notre confusion idéologique est telle que nous serions même prêts à participer à la grande manifestation qui aura lieu sous peu à Bruxelles.
Celle qui, comme pour Gaza, va protester afin de réclamer « la fin de l’agression contre Yarmouk ». A condition qu’on nous y accepte, s’entend. Sauf que nous n’aurons pas ce problème. Aucune des innombrables organisations pro- palestinienne belges ne fera quoi que ce soit.
Pas un défilé, pas une manifestation silencieuse, pas un sit-in pour Yarmouk. Ni même un débat pour juger si ce qui s’y passe relève de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. En réalité, sauf erreur, il n’y a même pas eu un seul communiqué en leur faveur.
Silence radio du CNAPD, du CNCD, du Mouvement Ouvrier Chrétien ou de Solidarité socialiste. Rien chez les syndicats CSC ou FGTB. Pas un mot du Parti Communiste, du Parti du Travail de Belgique, de la Ligue communiste révolutionnaire, du mouvement Vega, etc.
L’UPJB, qui s’apprête à commémorer ce 19 avril le soulèvement du ghetto de Varsovie, n’a rien à dire sur les enfants morts de faim ou assassinés à Yarmouk. Et pas davantage ces intellectuels juifs si prompts à condamner les crimes israéliens en Cisjordanie ou à Gaza.
Consternant silence, scandaleuse inaction. Les choses se passent comme si, pour toutes ces organisations, il y avait les bons morts palestiniens, ceux tués par les Israéliens et ceux de moins bonne qualité, victimes de leurs frères arabes. Pour elles, qui sont d’abord antisionistes avant d’être pro-palestiniennes, la mort d’un gamin de Yarmouk n’a pas le même poids que celle d’un enfant de Gaza. Celle-là est symbolique des horreurs du sionisme, ce bras armé de l’impérialisme américain. La première, elle, ne fait pas sens, c’est une perte collatérale, un accident de casting, au mieux, une regrettable bavure. On voit par là qu’il est possible de faire profession d’aimer la Palestine sans spécialement aimer les Palestiniens. Récapitulons : les ennemis des Palestiniens n’en ont rien à faire des victimes de Yarmouk. La plus grande partie de la planète non plus, qui a ses propres soucis. Les amis de la Palestine détournent pudiquement les yeux. Quitte à ricaner si nous affirmons que les sionistes de gauche sont les seuls à s’indigner, à condamner, à pleurer toutes les victimes innocentes : israéliennes, juives, chrétiennes, yazidies, musulmanes… Et palestiniennes, qu’elles meurent à Gaza, à Yarmouk ou ailleurs. Des petits bourgeois sentimentaux, on vous dit….
*Yarmouk a été créé en 1954 pour loger les réfugiés palestiniens de 1948. Avant 2011, le camp hébergeait 150.000 d’entre eux plus environ 100.000 Syriens ou irakiens.
**http://www.cclj.be/node/5366
***Au moins 166 personnes y sont mortes de faim. (Observatoire syrien des droits de l’homme)
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